Proche-Orient: La menace d'un nouveau conflit plane sur Gaza
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Proche-OrientLa menace d'un nouveau conflit plane sur Gaza

Quatre mois après la guerre sanglante de l'été, a reconstruction peine à débuter sur ce territoire et la réconciliation entre Palestiniens y semble moribonde, selon des experts.

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09.08 La police israélienne a annoncé avoir arrêté dimanche plusieurs suspects lors de raids sur des colonies sauvages de Cisjordanie occupée. Ces arrestations sont liées à l'enquête sur la mort d'un bébé palestinien et de son père dans un incendie criminel.

09.08 La police israélienne a annoncé avoir arrêté dimanche plusieurs suspects lors de raids sur des colonies sauvages de Cisjordanie occupée. Ces arrestations sont liées à l'enquête sur la mort d'un bébé palestinien et de son père dans un incendie criminel.

Jaafar Ashtiyeh
Le père de famille décédé vendredi a été enterré samedi. Une foule dense s'est présentée aux funérailles.

Le père de famille décédé vendredi a été enterré samedi. Une foule dense s'est présentée aux funérailles.

Jaafar Ashtiyeh
08.08 Saad Dawabcheh, le père du bébé palestinien mort dans un incendie bouté par des extrémistes juifs, a succombé à ses blessures dans l'hôpital israélien où il avait été admis.

08.08 Saad Dawabcheh, le père du bébé palestinien mort dans un incendie bouté par des extrémistes juifs, a succombé à ses blessures dans l'hôpital israélien où il avait été admis.

Menahem Kahana

Peu de choses ont changé depuis la fin de la guerre, le 26 août, dans l'étroite langue de terre où s'entassent 1,8 million de Palestiniens. Quelque 100'000 Gazaouis sont toujours sans abri pour affronter le rude hiver et la reconstruction de leurs maisons semble encore loin.

D'un côté, Israël laisse passer au compte-gouttes les matériaux de construction de peur qu'ils ne servent à fabriquer des armes; de l'autre, les querelles politiques des rivaux historiques du Hamas islamiste, qui rechigne à céder le pouvoir à Gaza, et du Fatah du président Mahmoud Abbas ralentissent encore le processus.

«Toutes les options sont ouvertes, mais une nouvelle guerre se dessine si rien n'évolue», prévient Naji Charab, un politologue gazaoui. «Si le Hamas ne parvient pas à dégager des solutions, il pourrait estimer ne pas avoir d'autre choix» que le retour au combat.

Les dirigeants du mouvement islamique brandissent d'ailleurs déjà la menace: ils ont fait des récentes célébrations du 27e anniversaire du parti une nouvelle démonstration de force, faisant défiler leurs hommes en tenue, juchés sur leur arsenal de roquettes et autres projectiles qui se sont abattus par milliers sur Israël l'été dernier.

Hausse de ton à craindre

A cette occasion, la branche armée du Hamas, les brigades Qassam, ont prévenu: «Faites attention à l'explosion, nous n'accepterons rien de moins que la reconstruction de tout ce que l'ennemi sioniste a détruit à Gaza. Et si nous ne sommes pas entendus, il y aura des conséquences pour l'ennemi, son peuple et ses dirigeants».

Ce week-end, pour la première fois depuis la fin de la guerre, l'aviation israélienne a visé le sud de la bande de Gaza après un tir de roquette. Ces attaques n'ont fait aucun blessé mais ont relancé les craintes que la situation ne dégénère de nouveau à Gaza, ravagée par trois guerres en six ans.

Les menaces ne sont pas prises à la légère côté israélien. «Si le blocus se poursuit, si les frontières restent fermées et si la reconstruction reste aussi lente durant les six prochains mois, le Hamas va hausser le ton et, en fonction de la réponse israélienne, on pourrait aller vers une nouvelle guerre», assure Avi Issacharoff, qui a couvert les Territoires palestiniens pour la presse israélienne.

Blocus en cause

Le politologue gazaoui Walid al-Moudallal estime aussi que l'attitude d'Israël sera prépondérante. «Si tout est à l'arrêt en termes de reconstruction, alors la guerre sera la seule option. Le Hamas n'aura pas d'autre choix», prédit-il. «Il n'y a que peu d'options et elles sont toutes pires les unes que les autres.»

Le noeud du problème est le blocus imposé depuis huit ans par Israël à la bande de Gaza.

Les Palestiniens estiment qu'il faudrait que 175 camions de matériaux de construction entrent chaque jour pour réhabiliter Gaza en trois ans. Mais, selon l'ONG Oxfam, seuls 287 poids-lourds ont été autorisés en novembre à rallier l'enclave par les points de passage israéliens et égyptien, souvent fermés aux marchandises et la plupart du temps aux hommes.

Et rien ne semble prêt de changer tant la situation politique apparaît bloquée.

Au printemps, les rivaux palestiniens signaient la réconciliation et entérinaient la remise du pouvoir à un gouvernement d'union qui dirigerait la Cisjordanie occupée et la bande de Gaza.

Huit mois plus tard, le gouvernement n'a pu se rendre qu'une fois à Gaza, où le Hamas fait toujours la police, les élections promises n'ont pas eu lieu et les gardes présidentiels de M. Abbas censés prendre le contrôle des points de passage côté gazouis se font toujours attendre.

Nouveau cycle

Ramallah accuse le Hamas de ne pas jouer le jeu de la réconciliation et de conserver un pouvoir concurrent. Gaza dénonce les impayés de ses fonctionnaires armés que le gouvernement d'union se refuse à payer et sa crise financière va grandissante avec la zone-tampon que l'Egypte construit à sa frontière nord avec Gaza.

Pour Aviram Zino, éditorialiste du journal israélien de droite «Maariv», «la bombe gazaouie a entamé son compte à rebours. Si la situation n'évolue pas, un nouveau cycle de violence risque d'éclater». (ats)

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