Fribourg - Elle abusait de sa fille et envoyait la vidéo à son amant: prison ferme
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FribourgElle abusait de sa fille et envoyait la vidéo à son amant: prison ferme

Une femme qui s’était filmée pendant qu’elle abusait sexuellement de sa fille ainsi que le père présumé, qui avait commandé les vidéos, écopent respectivement de 6 et 12 mois de prison ferme.

par
Xavier Fernandez
Le peine prononcée colle parfaitement avec le réquisitoire du procureur.

Le peine prononcée colle parfaitement avec le réquisitoire du procureur.

AFP

Les prévenus espéraient s’en tirer avec du sursis. Mais celui-ci ne sera que partiel, a décidé vendredi le Tribunal pénal de la Broye. Pour avoir abusé sexuellement de sa fille, alors que celle-ci n’était âgée que de 4 ans, tout en filmant avec son téléphone portable pour ensuite envoyer les vidéos au père présumé, la mère a été condamnée à 30 mois de prison dont 6 mois ferme. Son amant, qui avait commandé les «tournages», écope quant à lui de 36 mois, dont 12 ferme. Si la peine de ce dernier est plus élevée, c’est qu’il avait aussi téléchargé, depuis le darknet, des films pédopornographiques. «C’est vraiment la raclette, ou plutôt le strict minimum, estime la présidente du tribunal. Vos actes ont certainement marqué la victime à vie.»

Dans le cas du père présumé, un Français, la peine est assortie d’une expulsion de cinq ans. «Pour les crimes que vous avez commis, l’expulsion est obligatoire. S’il existe bien des cas de rigueur, ceux-ci doivent demeurer l’exception», a rappelé la présidente. C’est que cet homme, de près de 50 ans, est marié avec une autre femme. Ensemble, ils élèvent deux enfants. Ils espérait donc faire valoir qu’une expulsion serait traumatisante pour ces derniers. «La France n’est pas si loin. Vos enfants pourront venir vous voir et vous pourrez aussi communiquer par vidéoconférence. De toute façon, on ne peut pas sérieusement renoncer à votre expulsion pour le bien de vos enfants, après que vous ayez fait du mal à d’autres enfants», a rétorqué la juge. «Nous allons probablement faire appel, mais uniquement pour l’expulsion. Pas pour la condamnation», explique l’avocat de la défense.

En revanche, l’homme a été acquitté de la contrainte, une accusation formulée par sa maîtresse. Elle soutenait que c’était parce qu’elle avait peur qu’il diffuse les vidéos qu’il possédait d’elle, qu’elle avait satisfait à ses demandes. Mais de telles menaces ne sont pas attestées. De plus, elle a su lui dire non pour des choses importantes – comme avorter – et elle a envoyé un certain nombre de vidéos de sa propre initiative. D’ailleurs, elle a encore proposé de lui en faire parvenir, après que la police était intervenue au domicile de son amant.

Piégé par une ONG

Selon une source proche du dossier, à la base, c’est une ONG américaine qui a permis de mettre fin au calvaire de la fillette. Elle est parvenue à piéger le père présumé, alors qu’il cherchait des images pédopornographiques sur le darknet, en utilisant une stratégie d’hameçonnage. Lorsqu’il a téléchargé les fichiers, l’ONG a obtenu son IP et son adresse et les a ensuite communiquées aux autorités fédérales helvétiques. Finalement, en fouillant dans l’ordinateur et le téléphone du prévenu, la police a découvert les vidéos tournées par sa maîtresse.

«Être une femme ne vous a pas desservi: au contraire!»

Durant sa plaidoirie, l’avocate de la mère avait avancé qu’elle ne trouvait pas correct que le genre de sa cliente soit mis en avant. Comme si le fait qu’il s’agisse d’une mère et non d’un père, ce qui est beaucoup plus fréquent, était un aggravant. Alors qu’elle commentait le jugement, la présidente du tribunal n’a pas manqué de lui répondre. «Être une femme ne vous a pas desservi, dans cette affaire. Au contraire! Si vous étiez un homme, vous n’auriez certainement pas eu de droit de visite pour voir votre fille. Et il ne serait pas question que vous récupériez un jour le droit de garde.»

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