Actualisé 20.12.2018 à 05:50

Suisse

La mobilité électrique n'est pas la plus écolo

A l'heure où Berne promeut massivement la mobilité électrique, le dernier rapport sur l'environnement de la Confédération émet quelques réserves.

de
Pascal Schmuck, Zurich
Les e-bikes ont certainement un grand avenir devant eux mais leur bilan écologique peut encore s'améliorer.

Les e-bikes ont certainement un grand avenir devant eux mais leur bilan écologique peut encore s'améliorer.

Keystone

La Suisse a de grandes ambitions dans la mobilité électrique, voulant que près d'une nouvelle voiture sur sept roule sans moteur thermique en 2022. La feuille de route a été signée mardi par tout ce que le pays compte d'acteurs dans ce secteur mais la réalité pourrait être un peu moins rose, à en croire le rapport Environnement Suisse 2018 que le Conseil fédéral a approuvé fin novembre.

L'étude relativise en effet le bilan écologique de la mobilité électrique, souligne le Tages-Anzeiger dans son édition du 19 décembre. Il apparaît que les voitures électriques sont légèrement moins performantes que les véhicules au gaz naturel et les modèles hybrides.

Impact psychologique

Les modèles électriques souffrent de la construction de leurs batteries. La fabrication pour une Tesla modèle S génère à elle seule des émissions de près de 17 tonnes de CO2. Il faut plusieurs années à une voiture classique pour émettre la même quantité. En Allemagne, l'institut UPI a déjà calculé qu'une voiture électrique émet presque autant de CO2 qu'un modèle à combustion.

L'impact psychologique d'une voiture électrique n'est pas négligé. Quiconque possède un véhicule de ce genre a plus tendance à l'utiliser qu'une voiture classique. Une tendance déjà mise en avant en Norvège où 85% des propriétaires de voitures électriques se rendent au travail en voiture, contre moins de la moitié des propriétaires de voitures à carburant.

Pas une réponse à l'engorgement du trafic

En conséquence, la mobilité électrique ne soulage pas du tout le trafic, comme le souligne Jürg Röthlisberger, directeur de l'Office fédéral des routes (Ofrou). «C'est même l'inverse, puisque davantage de conducteurs utilisent ces véhicules qui se comportent bien en termes de CO2 et de bruit». Ce qui leur donne bonne conscience sans avoir à se passer du confort d'une voiture.

L'émission de CO2 est devenue un critère de poids dans le choix d'un véhicule, comme le confirme l'étude annuelle d'EBP, un cabinet de conseil spécialisé dans le développement durable. Ce facteur arrive en troisième position, derrière la consommation de carburant et le prix d'achat. L'attirance pour les motricités alternatives a donc nettement augmenté ces dernières années puisque 10% des futurs acquéreurs se disent prêts à passer au tout-électrique.

Des vélos au bilan critiqué

Les vélos électriques ne s'en tirent pas mieux et selon le rapport Environnement Suisse 2018, le rail fait mieux en termes écologiques. Comme l'explique l'Office fédéral de l'environnement, la durée de vie d'une bicyclette électrique est nettement plus courte et le nombre total de kilomètres parcourus nettement inférieur.

«La fabrication pèse donc énormément sur le bilan environnemental», souligne l'Office fédéral. Et si les batteries peuvent être recyclées, le processus est très coûteux. En 2017, le centre suisse de recyclage de batteries à Wimmis (BE) a traité environ 21 tonnes de batteries d'e-bikes.

Un paramètre de départ qui fait débat

Le rapport de la Confédération fait lui-même l'objet de critiques, notamment de la part de l'association Swiss eMobility. Selon l'outil de calcul, les hypothèses, la base de données et les limites du système, des résultats divergents pourraient être obtenus mais son président, le conseiller national Jürg Grossen (Vert'lib/BE), admet que les résultats de l'étude sont conformes à la tendance.

Il critique toutefois l'origine de l'électricité retenue dans le rapport. Ce dernier a en effet retenu le mélange de charbon, de gaz et de nucléaire aux États-Unis, qui est à la base de l'étude de la fabrication de batteries pour voitures électriques. Un paramètre qui ne vaut pas pour Tesla, qui utilise l'électricité produite à partir d'énergies renouvelables pour la production de ses véhicules.

Jürg Grossen, qui est également le président des Vert'libéraux suisses, maintient que «la mobilité électrique est la solution pour aujourd'hui et pour demain». Il rappelle que la fabrication de batteries nécessite toujours moins de cobalt et elle est plus propre grâce à l'accord sur le climat de Paris. «Ce n'est qu'avec l'électromobilité qu'une mobilité propre sera possible.»

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