télé: La mode se déshabille en prêt-à-visionner
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téléLa mode se déshabille en prêt-à-visionner

Les couturiers veulent tous apparaître dans des documentaires à leur gloire. Aperçu du phénomène.

par
Emmanuel Coissy
Le couturier Valentino Garavani pose pour la postérité entouré de ses créations. Le film «Valentino, le dernier empereur» nous fait entrevoir la force et la sensibilité d'un grand artiste. (Photo: dr)

Le couturier Valentino Garavani pose pour la postérité entouré de ses créations. Le film «Valentino, le dernier empereur» nous fait entrevoir la force et la sensibilité d'un grand artiste. (Photo: dr)

Dès jeudi, Arte diffuse «Le jour d'avant», un marathon documentaire en quatre épisodes consacré aux coulisses de quatre maisons de prêt-à-porter. Les trois derniers volets suivront chaque semaine jusqu'au 4 février. Loïc Prigent et son équipe ont filmé les 48 heures précédant les défilés de Fendi, Jean-Paul Gaultier, Proenza Schouler et Sonia Rykiel. Le rendu est un déballage de séquences brutes, caustiques et instructives sur les arcanes du métier.

Ce journaliste se fait le champion du genre («Signé Chanel», en 2005, et «Marc Jacobs & Louis Vuitton», en 2006) et toutes les stars du chiffon se pressent au portillon pour se faire tirer le portrait sur vidéo. Après l'ère des secrets d'atelier, voici le temps de l'exhibitionnisme. Le but: attester du savoir-faire et ajouter une dimension affective à la communication. Les télé­spectateurs adorent et suivent en masse ces grands-messes cathodiques à mi-chemin entre la télé-réalité et le sacre d'un couturier. D'autres réalisateurs ont accouché des notables «Lagerfeld confidentiel» (Rodolophe Marconi, 2007), «Valentino, le dernier empereur» (Matt Tyrnauer, 2009), présenté à Cannes, et «Sonia Rykiel, l'intranquille» (Frédéric Mitterrand, 2009). Parmi ce foisonnement, on regrette juste que personne n'ait eu le nez assez creux pour tourner chez Lacroix en pleine débâcle.

Le genre attire les éditeurs de DVD. D'ici à la fin du mois, par exemple, un coffret rassemblant l'ensemble des œuvres de Loïc Prigent et «The September Issue» de R. J. Cutler (lire encadré) arriveront dans les bacs. Parmi ces productions, toutes ne sont pas forcément de haut vol. Pour trier le bon grain de l'ivraie, nous les avons passées en revue. Voici nos impressions.

King Karl et sa cour

Karl Lagerfeld est le champion du documentaire à sa gloire. «Le jour d'avant» est le troisième film où il apparaît. Le meilleur demeure «Signé Chanel». La caméra le suit durant la création d'une collection de haute couture dans l'illustre maison de la rue Cambon, à Paris. Ce DVD est une perle du septième art.

La scène culte: les insomnies de Mme Pouzieux, 75 ans, seule capable de faire les galons Chanel.

L'enchantement selon Yves Saint Laurent

«Tout terriblement». Le titre de ce film, édité en DVD, est emprunté à un poème d'Apollinaire que Saint Laurent admirait. Il s'agit d'un voyage à travers les mondes oniriques qui ont inspiré le couturier (Deauville, Marrakech, entre autres). Ce document

pèche par un ton un brin éthéré et pleurnichard. On lui préfère «Yves Saint Laurent: 5, avenue Marceau, 75116 Paris», non édité en DVD mais disponible intégralement sur YouTube.

Le point fort: le commentaire dit par Jeanne Moreau et la beauté des images.

Les élucubrations de Marc Jacobs

«Marc Jacobs & Louis Vuitton» est un documentaire qui consacre le talent de l'Américain chez le malletier français. De New York à Paris, on voit un Marc Jacobs appliqué et amateur d'art éclairé. Le film (assez publicitaire) s'attarde sur la fabrication d'un sac (très moche) chez Vuitton et manque de rythme. A voir pour l'avoir vu, mais loin d'être indispensable.

La scène culte: on le surprend à ingurgiter des pilules et des compléments alimentaires en lieu et place d'un repas. Le styliste s'est imposé une cure amaigrissante et a fait du culturisme.

Anna Wintour, très en «Vogue»

En octobre dernier, durant la Fashion week de Paris, «The Last Issue» a attiré les adeptes de la mode dans les salles obscures. On découvre Anna Wintour, rédactrice en chef de «Vogue», au moment de la fabrication du numéro de septembre, le plus gros tirage de l'année. La personnalité de Wintour est si forte qu'elle se hisse parmi les monstres sacrés du métier.

La scène culte: Wintour manquant de se décrocher la mâchoire parce qu'un photo shooting n'a pas pu être réalisé.

L'ultime tour de piste de Valentino

Matt Tyrnauer, le réalisateur de «Valentino, le dernier empereur», a commis le plus beau film du genre. La chance lui a souri puisqu'il s'est introduit dans l'intimité du milliardaire italien, de son château de Wideville (France) à son chalet de Gstaad, au moment où le couturier vendait sa société et qu'il comptait prendre sa retraite. Entre ses crises de nerfs, son amour des chiens, son train de vie bling-bling et son opiniâtreté à la tâche, le maestro donne un numéro de haute voltige cinématographique.

Le meilleur moment: à Paris, lors d'un discours, Valentino fond en larmes alors qu'il remercie de son soutien Giancarlo Giammetti, son compagnon et associé depuis plus de cinquante ans.

Une pasionaria nommée Rykiel

Sonia Rykiel incarne la joie de vivre (ses mannequins sont les seuls à encore sourire sur les podiums), la maille et la rayure. A travers ce film, Frédéric Mitterrand retrace son parcours exceptionnel. Dès l'ouverture de sa première boutique en 1968 à Saint-Germain-des-Prés, elle devient une icône à la chevelure rousse.

Le point fort: les interventions face à la caméra de Sonia Rykiel, qui, à l'instar de Mademoiselle Chanel, invite à considérer la mode comme un principe clé de l'émancipation féminine.

«Le jour d’avant», sur Arte ce jeudi à 22 h 05.

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