Suisse: «La moitié des homicides passe inaperçue»
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Suisse«La moitié des homicides passe inaperçue»

Le médecin-chef de l'institut de médecine légale de Saint-Gall appelle à une révision de la loi. Selon lui, beaucoup de meurtres ne sont pas reconnus comme tels.

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taw/dmz
Le docteur Roland Hausmann, médecin-chef de l'institut de médecine-légale de Saint-Gall.

Le docteur Roland Hausmann, médecin-chef de l'institut de médecine-légale de Saint-Gall.

«L'Allemagne compte chaque année environ 2400 meurtres. Mais un nombre comparable de cas ne sont pas détectés . En Suisse, même s'il n'y a pas d'étude officielles, cette proportion est peut-être même encore plus grande. Mais en gros, je pense que la moité des homicides passe inaperçue», déclarait jeudi Roland Hausmann, médecin-chef de l'institut de médecine légale de Saint-Gall, dans une interview donnée aux «St.Galler Nachrichten».

Selon le droit suisse, les décès doivent être déclarés dans les deux jours à l'état-civil. Comme «preuve» de la mort, un certificat signé par un médecin, pas forcément légiste, doit être présenté. Et ce dernier doit examiner le corps. «Ce contrôle est essentiel. Le médecin peut ainsi déterminer si des faits relevant du droit pénal, civil ou des assurances nécessitent l'ouverture d'une enquête», explique Roland Hausmann. Si une «cause exceptionnelle» de décès est constatée, les autorités judiciaires sont avisées. Ces dernières ordonnent alors une autopsie.

Le problème, selon le médecin, c'est que l'examen préliminaire est source de nombreuses erreurs. Il avance que même certaines morts par balles ou par coups de couteau échappent aux médecins au premier coup d'œil. Ce n'est qu'avec une autopsie complète qu'on pourrait les identifier.

Poison invisible

A titre d'exemple, Roland Hausmann cite l'affaire d'un concierge de 46 ans, retrouvé mort dans sa maison. Les médecins ont d'abord conclu à une mort sans intervention extérieure. Mais les policiers ont trouvé des restes d'une plante vénéneuse dans sa poubelle. Plus tard, les tests sanguins prouveront qu'il a été empoisonné. Autre cas probant dans un hôpital de Lainz (Aut). Quatre femmes ont noyé plusieurs patientes en leur remplissant la gorge d'eau. Pourtant, les médecins ont d'abord conclu à des morts naturelles.

Roland Hausmann pense qu'une révision du droit est nécessaire. Ce dernier prévoit que «si un premier examen du cadavre ne révèle aucun indice de la commission d'une infraction et que l'identité de la personne décédée est connue, le ministère public autorise la levée du corps.» C'est là que le bât blesse pour le légiste: «Un spécialiste des incendies ne peut pas exclure un incendie criminel sans entrer dans la maison sinistrée et identifier la source du feu», déclare-t-il.

Il appelle donc à une adaptation de la loi. Une autopsie devrait être pratiquée, selon lui, aussi lorsque la cause de la mort semble accidentelle ou due à un suicide. «On ne peut pas faire une autopsie à chaque fois, mais en cas de doute, on devrait pouvoir y avoir recours plus facilement», poursuit-il. A l'heure actuelle, quelque 250 autopsies sont pratiquées chaque année dans l'institut saint-gallois et «il serait possible d'augmenter significativement leur nombre sans investissement supplémentaire», conclut le médecin.

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