Polémique en Israël: La mort de deux ados palestiniens filmée
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Polémique en IsraëlLa mort de deux ados palestiniens filmée

La pression s'accroît sur Israël pour faire toute la lumière sur les décès survenus la semaine dernière lors de manifestations en Cisjordanie après la diffusion d'images du drame.

Les missions de l'Union européenne (UE) à Jérusalem et Ramallah se sont dites mercredi «profondément préoccupées par la mort de deux jeunes le 15 mai près de la prison d'Ofer, en Cisjordanie, dans un incident impliquant le recours par les forces israéliennes à des armes létales». La France a également appelé les autorités israéliennes à «mener rapidement une enquête transparente permettant de faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles ces tirs ont eu lieu», insistant sur la nécessité de «l'usage proportionné de la force».

La veille, l'ONU et les Etats-Unis avaient réclamé une enquête impartiale, s'interrogeant ouvertement sur la «proportionnalité de l'usage de la force par rapport à la menace représentée par les manifestants», dont les deux adolescents, tués pendant les commémorations de la «Nakba» (catastrophe, en arabe) que représente pour les Palestiniens la création d'Israël en 1948 et la tragédie des réfugiés. «L'ONU presse Israël de s'assurer que ses forces de sécurité respectent strictement les principes de base sur l'utilisation de la force et des armes à feu», a déclaré le secrétaire général adjoint pour les affaires politiques, Oscar Fernandez-Taranco, soulignant que, selon les premiers éléments, les deux Palestiniens tués étaient sans armes et «ne semblaient représenter aucune menace directe».

«Un tel incident fera l'objet d'une enquête»

Ces déclarations font suite à la diffusion mardi par l'ONG Défense des enfants - International et l'ONG israélienne B'Tselem d'images de vidéosurveillance de la scène, sur lesquelles on voit deux jeunes Palestiniens marchant près d'un bâtiment avant de s'effondrer subitement, apparemment atteints par des tirs. Après visionnage de ces images, Amnesty International a indiqué dans un communiqué «considérer, sur cette base et d'autres preuves, que ces morts étaient illégales», rappelant avoir rendu compte de «l'usage excessif de la force contre les Palestiniens par la police et l'armée israéliennes».

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, a balayé les critiques internationales. «Un tel incident fera l'objet d'une enquête, indépendamment de toute demande», a-t-il assuré lors d'une visite dans la colonie d'Ariel, dans le nord de la Cisjordanie. Selon un éditorialiste du quotidien «Maariv», «la réponse correcte pour Israël est de se conformer à l'appel américain en lançant une enquête immédiate, approfondie et rapide», et d'en tirer ensuite toutes les conséquences, qu'elle établisse la culpabilité des forces israéliennes ou au contraire une «manipulation» des images.

«Nette augmentation du nombre de réfugiés blessés par balle»

L'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) a déploré «depuis début 2013 une nette augmentation du nombre de réfugiés de Palestine tués et blessés» par les forces israéliennes en Cisjordanie, notamment avec des balles réelles – au moins 43 à ce jour contre dix sur la même période en 2013 –, considérant que cette évolution justifiait une enquête approfondie sur la mort des deux adolescents. En 2013, 17 réfugiés ont ainsi été tués (sur 27 Palestiniens tués en Cisjordanie), contre aucun en 2012, a indiqué un porte-parole de l'UNRWA, Chris Gunness, une tendance confirmée en 2014 avec «sept réfugiés de Palestine tués par les forces de sécurité israéliennes, dont deux enfants, le dernier en date le 15 mai», sur 11 tués en Cisjordanie.

Une dirigeante de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hanane Achraoui, a accusé mardi l'armée israélienne d'«exécution délibérée de deux adolescents» et de «crime de guerre et crime contre l'humanité». L'armée israélienne a affirmé que son enquête sur ces morts n'avait pas à ce stade «établi de tirs à balles réelles», contrairement aux conclusions des médecins palestiniens et de B'Tselem. Le ministre israélien de la Défense, Moshé Yaalon, a justifié le comportement des forces de sécurité face à «un incident violent durant lequel des bouteilles incendiaires et des pierres ont été jetées sur des policiers qui, se sentant en danger, ont réagi comme ils devaient le faire».

(afp)

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