Carnet noir: La mort de Karimov met le pays dans l'embarras
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Carnet noirLa mort de Karimov met le pays dans l'embarras

Karimov avait été hospitalisé la semaine dernière suite à une hémorragie cérébrale.

Karimov est au pouvoir depuis 1989.

Karimov est au pouvoir depuis 1989.

photo: Keystone

Islam Karimov, l'indéboulonnable président de l'Ouzbékistan depuis 1989, est mort. Mais son décès, annoncé vendredi par la Turquie, n'avait toujours pas été officiellement confirmé par les autorités ouzbèkes en fin d'après-midi.

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a présenté dans la journée ses condoléances aux Ouzbeks lors d'une réunion avec son cabinet, retransmise à la télévision. Il a précisé que la Turquie, proche alliée de l'Ouzbékistan, «partageait douleur et peine». «Karimov est mort. Qu'Allah le laisse reposer en paix», a ponctué M. Yildirim.

La Turquie et l'Ouzbékistan entretiennent des relations étroites. Ils partagent notamment des spécificités culturelles et linguistiques.

«Etat critique»

Mais à Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan, le gouvernement n'a pas confirmé le décès du chef de l'Etat. Un communiqué officiel diffusé dans la matinée annonçait seulement que l'état de santé de M. Karimov, 78 ans, s'était nettement dégradé depuis jeudi après qu'il a été victime d'une hémorragie cérébrale. L'annonce a été publiée en Une des journaux et lue par le présentateur de la TV publique.

Sur place, des sources indiquaient déjà jeudi soir que les employés municipaux de Samarcande, ville dont Islam Karimov est originaire, avaient été mobilisés inopinément. Les autorités municipales, dans les républiques de l'ex-URSS, prennent ce genre de mesures avant des événements majeurs comme des visites de dirigeants du pays ou de pays étrangers. Dans le cas présent, cette mobilisation peut également laisser penser à des préparatifs d'obsèques nationales.

Un porte-parole de l'agence de sécurité aérienne d'Ouzbékistan a confirmé à l'agence russe Ria Novosti que l'aéroport de Samarcande serait fermé samedi.

Torture et scrutins truqués

Ancien apparatchik soviétique devenu premier secrétaire du Parti communiste d'Ouzbékistan en 1989, au temps fort de la perestroïka, Islam Karimov a présidé l'ex-république soviétique d'Asie centrale depuis son indépendance en 1991. Il a été réélu l'an dernier pour cinq ans avec... 90,4% des voix. Sa mainmise sur le pouvoir a depuis des années été dénoncée par les défenseurs des droits humains.

M. Karimov était notamment accusé par les Occidentaux d'avoir muselé l'opposition dans son pays et d'avoir placé son «clan» à tous les échelons en plus de 25 ans d'un pouvoir jugé sans partage. La présidence d'Islam Karimov a été ponctuée d'élections truquées et d'arrestations arbitraires, ont fustigé des ONG. L'ONU a aussi critiqué un usage répandu de la torture dans les prisons ouzbèkes.

A l'instar de Noursoultan Nazarbaïev au Kazakhstan ou d'Emomali Rakhmon au Tadjikistan, le dirigeant ouzbek a dirigé par ailleurs un pays qui a gardé des liens privilégiés avec le grand frère russe.

Satrape autoritaire

Ses détracteurs, notamment les opposants ouzbeks qui ont trouvé refuge à l'étranger, le décrivaient comme un satrape. Ses partisans mettaient au contraire en avant son rôle de rempart contre la montée des radicaux islamistes et la relative stabilité économique du pays le plus peuplé d'Asie centrale avec 30 millions d'habitants.

M. Karimov a toujours fait valoir que son contrôle quasi total des instances du pouvoir était vital pour la sécurité et la modernisation de son pays. En 2005, il n'avait pas hésité à faire ouvrir le feu sur des milliers de manifestants à Andijan, dans l'est de l'Ouzbékistan. De 300 à 500 personnes auraient été tuées. (nxp/ats)

Qui pour succéder à Karimov?

Islam Karimov n'a pas désigné de successeur. Observateurs et analystes s'attendent à ce que les modalités de la transition politique en Ouzbékistan soient réglées en petit comité par des caciques du pouvoir et par la famille Karimov.

Parmi les successeurs potentiels figurent le Premier ministre Chavkat Mirziyoïev et le vice-Premier ministre Roustam Azimov. Roustam Inoyatov, chef des services de sécurité, et Lola Karimova-Tilliaeva, fille cadette d'Islam Karimov, devraient être impliqués dans le choix du nouveau chef de l'Etat.

(NewsXpress)

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