Procès Maudet – La nature du voyage à Abu Dhabi questionnée
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Procès MaudetLa nature du voyage à Abu Dhabi questionnée

Au deuxième jour du procès, procureur et avocats ont tenté d’éclaircir le caractère du week-end dans les Emirats.

par
Maria Pineiro
Pierre Maudet a déclaré que le voyage a Abu Dhabi était de nature mixte, ni totalement privé, ni totalement officiel.

Pierre Maudet a déclaré que le voyage a Abu Dhabi était de nature mixte, ni totalement privé, ni totalement officiel.

mpo

«Un voyage d’agrément ou officiel?», a lancé avec aplomb le premier procureur Stéphane Grodecki à Pierre Maudet pour entamer les débats, mardi. La nature du déplacement à Abu Dhabi lors du Grand prix de formule 1 de 2015 a été au coeur des débats au deuxième matin du procès en appel de l’ex-conseiller d’Etat et de trois co-accusés. «C’était mixte, il y a eu davantage de loisirs, mais il y a également eu des parties officielles», a répondu le prévenu. Interrogé par le Ministère public, puis par les avocats de la défense, il n’a pas varié sur la difficulté de qualifier très précisément le caractère du voyage.

Méconnaissance du politique pointée

Le procureur, incisif, a alors demandé à Pierre Maudet les raisons du malaise éprouvé avant de partir à Abu Dhabi. Pour l’ex-conseiller d’Etat, il est né lorsqu’il est apparu que tous les frais, pour lui et sa famille, seraient pris en charge par les Emirats. Et de préciser: «Le malaise portait sur le risque d’image politique.» Répondant aux questions de la défense, l’ancien élu a dit le sentiment d’une incompréhension entre justice et politique. Selon lui, ce voyage, par nature, ne pouvait être à 100% classé dans la catégorie loisirs ou à 100% officiel. Pierre Maudet a ajouté qu’il avait également ressenti une méconnaissance «de la nature très politique de la fonction de conseiller d’Etat».

Patron de l’économie, lorsqu’il était élu, Pierre Maudet a expliqué que sa charge relevait passablement du relationnel et qu’il avait été amené à «accepter des situations qui, pour nous comme élus, étaient claires, mais pas forcément pour le public. Mais si on ne le fait pas, on devient un conseiller d’Etat cloîtré dans son bureau, un eunuque qui ne fait pas de politique».

De la diplomatie sportive

Sa défense s’est ensuite employée à démontrer que la définition retenue par le Tribunal de police de ce qui doit être un voyage officiel ne pouvait être comprise de manière aussi stricte. Répondant aux questions de Me Mangeat, Pierre Maudet a passé en revue les quatre critères posés dans le jugement pour définir le caractère officiel d’un séjour. Il a d’abord indiqué qu’il n’y avait «pas d’obligation absolue d’avoir été invité de manière officielle». S’agissant de la présence de sa famille, le prévenu a affirmé que cela dépendait des hôtes. Selon les pays, la venue du conjoint est vivement souhaitée ou pas. Quant à faire dépendre l’officialité d’un voyage d’un agenda bien rempli, c’est méconnaître la nature des événements: «Lors d’une manifestation telle que le Grand prix, c’est la diplomatie sportive qui s’applique. Il est difficile de fixer des rendez-vous.» Enfin, Pierre Maudet a insisté sur le fait qu’au sein du Conseil d’Etat, les magistrats s’informaient des voyages entrepris, pour des questions d’organisation. «Jamais il n’a été question de juger de la pertinence ou de l’utilité pour le Canton d’effectuer tel ou tel déplacement», a-t-il conclu.

Mardi après-midi, après l’audition de deux témoins, le procureur dira les peines qu’il souhaite voir infliger aux prévenus.

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