Actualisé 17.09.2019 à 14:45

GenèveLa nomination sécuritaire qui inquiète les députés

Pour analyser la décriée Loi sur la police, le conseiller d'Etat Mauro Poggia a désigné un spécialiste de l'armée qui a eu l'oreille de Pierre Maudet.

de
Jérôme Faas
Le conseiller d'Etat MCG Mauro Poggia est chargé de la Sécurité, de l'Emploi et de la Santé.

Le conseiller d'Etat MCG Mauro Poggia est chargé de la Sécurité, de l'Emploi et de la Santé.

Keystone/Martial Trezzini

C'est une nomination qui choque plusieurs députés. Le conseiller d'Etat MCG Mauro Poggia, chargé de la sécurité, a choisi Alexandre Vautravers pour analyser les effets de la nouvelle loi sur la police (LPol), entrée en vigueur en 2016 et tant décriée par les syndicats des forces de l'ordre. «Qui est Alexandre Vautravers? Un militariste!, s'exclame le député Vert François Lefort. L'audit oui, l'auditeur non. Le processus de l'examen est bon, mais on lui enlève toute crédibilité avant même qu'il ait débuté.»

«Un problème évident»

Son point de vue est partagé par plusieurs élus qui ont signé un projet de loi d'Ensemble à Gauche, à l'étude en commission, visant à modifier la LPol (lire encadré). Le député UDC Thomas Bläsi juge ainsi que «la proximité d'Alexandre Vautravers avec Pierre Maudet, à l'origine de cette LPol, pose un problème évident.» Pierre Bayenet, élu d'Ensemble à Gauche, qualifie cette intronisation d'«incompréhensible. Il s'agit d'un expert militaire qui ne connaît pas le maintien de l'ordre.»

Plus généralement, tous ces élus soulignent qu'Alexandre Vautravers fut chargé par Pierre Maudet de mettre sur pied le conseil consultatif de sécurité institué par la LPol, dont il a été le secrétaire jusqu'en février dernier, et qu'il a plusieurs fois affiché son soutien à l'académie de police de Savatan, aux penchants militaires et aux résultats très critiqués à Genève. Bref, ils le soupçonnent d'être juge et partie en la matière.

Profil académique et militaire

Alexandre Vautravers dispose d'un double profil, académique et militaire. Docteur en histoire et en sciences économiques, il fut professeur associé à la Webster University. Il est aujourd'hui collaborateur scientifique à l'Université de Genève, où il coordonne le master en sécurité globale et résolution des conflits. Haut-gradé à l'armée, il est aussi rédacteur en chef de la revue militaire suisse. Contacté, il ne souhaite pas s'exprimer, jugeant que sa fonction l'en empêche et qu'il ne lui appartient de répondre aux députés.

Les craintes de certains d'entre eux n'ébranlent pas leur collègue PLR Murat Julian Alder, auteur d'une récente motion réclamant au Conseil d'Etat un bilan de la LPol. «J'estime qu'il n'appartient pas aux députés de commenter le choix fait par le conseiller d'Etat. Ils se mêlent d'opérationnel, ce n'est pas leur rôle. Et que faut-il faire pour plaire à Pierre Bayenet? Nommer un expert membre du Groupe pour une Suisse sans armée?»

Mauro Poggia défend son choix

Le conseiller d'Etat Mauro Poggia, en revanche, assume volontiers son choix, alors même qu'il «conçoit que l'on puisse exprimer des craintes de parti pris. Alexandre Vautravers a été engagé comme chargé de mission dans le cadre d'un processus de recrutement ouvert. Il doit m'aider à analyser LPol. Ce sera mon bras droit dans ce domaine. Il s'agit avant tout d'un universitaire, qui n'a pas de relations personnelles avec Pierre Maudet, et qui n'a pas oeuvré à l'élaboration de la loi sur la police. Il ne faut pas lui faire de procès d'intention au prétexte qu'il a travaillé avec Pierre Maudet.»

Mauro Poggia estime par ailleurs que l'académie de police de Savatan «peut être critiquée». Lui-même se dit «très critique, et Alexandre Vautravers le sait. Le changement est en marche, je dirais.» Il ajoute par ailleurs être déterminé à agir, car «le mal-être de la police est bien réel».

Contre le gel des travaux parlementaires

Président de la commission judiciaire et de la police, le député PS Diego Esteban juge aussi que la nomination d'Alexandre Vautravers pose un problème évident qui saute aux yeux. Il se dit personnellement opposé à un éventuel gel des travaux sur le projet de loi en attente des résultats du travail d'analyse du département. Par expérience, l'existence d'un projet de loi en cours d'étude constitue le meilleur moyen de vraiment faire avancer le Conseil d'Etat. Un éventuel gel devrait être soumis au vote de la commission, et n'est pas à l'ordre du jour.

Savatan adieu, gendarmerie rebonjour

Les députés qui critiquent la nomination d'Alexandre Vautravers sont à l'origine d'un projet de loi dont les points saillants sont les suivants: le rétablissement de la gendarmerie, la fin de l'organisation en silos (police-secours, police de proximité, police routière, police internationale), le retour à Genève de la formation des policiers, à ce jour délocalisée à Savatan (VD), et la suppression de la mention d'une organisation militaire de la police.

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