Actualisé 25.07.2008 à 04:50

La nourriture clonée ne fait pas recette

La perspective de trouver de la viande ou du lait d'animaux clonés dans les supermarchés d'Europe s'éloigne.

Les experts chargés d'aiguiller Bruxelles sur ce sujet estiment qu'il n'y a pas assez de données pour se prononcer sur l'innocuité de ces produits.

Selon ce qu'on sait actuellement, la consommation de boeuf ou de porc clonés sains ne présente pas de danger particulier, relèvent les experts. Mais de nouvelles études son nécessaires. En revanche, le clonage pose de réels problèmes pour «la santé et le bien-être» des animaux.

Ce sont les principales conclusions présentées jeudi par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Cette organisation indépendante basée à Parme a formulé ces recommandations à la demande de l'exécutif européen.

Sondage

«Notre réaction très préliminaire à ce rapport est qu'il entraîne des préoccupations accrues à propos de la santé et du bien-être des animaux», a immédiatement commenté la Commission européenne. Celle-ci examine une éventuelle commercialisation d'aliments provenant d'animaux clonés.

Avant de prendre une décision définitive sur le clonage, Bruxelles attendra encore les résultats à l'automne d'un sondage auprès des citoyens de l'UE. Ceux-ci sont traditionnellement très sceptiques sur ce type de sujet.

Feu vert aux USA

En janvier, l'Agence américaine de réglementation des produits alimentaires (FDA) avait donné un feu vert controversé à la commercialisation d'aliments clonés sur son marché. Mais une telle décision semble désormais plus improbable dans l'UE après l'avis formulé plar l'EFSA.

S'y ajoute l'opinion d'un comité d'éthique européen sur la science et les nouvelles technologies (EGE). Il avait évoqué en janvier «les souffrances et les problèmes de santé» des animaux.

Fatale

Ce point est aussi mis en avant par l'EFSA. La technique utilisée pour obtenir de parfaites copies génétiques affecte la santé d'un proportion importante d'animaux (40% d'entre eux, à comparer avec 10% pour la reproduction traditionnelle).

«Elle l'affecte de manière sévère et parfois fatale, surtout chez les jeunes bovins et porcins de moins de six mois», a souligné à Bruxelles Vittorio Silano, qui dirige le Comité scientifique de l'EFSA.

La technique, qui implique le remplacement du noyau d'un ovule pour former un embryon ensuite implanté dans une mère de substitution, n'a pas non plus un fort taux de réussite. En moyenne 20% des embryons transférés débouchent sur des naissances.

Incertitude

Concernant la sécurité alimentaire de la viande ou du lait issus d'animaux clonés, les conclusions sont moins tranchées.

Les experts de l'EFSA ne décèlent pas de risque particulier pour les boeufs et porcs clonés, ainsi que leur progéniture, par rapport à des animaux conçus de manière traditionnelle. A condition que le lait et la viande proviennent d'animaux sains. Les bovins et porcins sont les deux seules espèces considérées à ce stade.

«Nous aimerions disposer d'une base de données élargie», admet néanmoins M. Silano. «Des incertitudes sur l'analyse des risques se présentent en raison du nombre limité des études disponibles, des petits échantillons étudiés, et plus généralement de l'absence d'une approche uniforme», ajoute-t-il.

Du temps

Le coût au kilo d'aliments issus directement d'animaux clonés serait exorbitant. C'est donc leur progéniture qui pourrait être commercialisée.

Pour le Professeur John Collins, membre de l'EFSA, «il faut étudier la descendance des animaux clonés, notamment leur système immunitaire» pour bien évaluer les risques alimentaires. «Franchement, cela prendra du temps». (ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!