Actualisé 09.02.2017 à 06:26

IsraëlLa nouvelle loi est un pas de plus vers l'annexion

Pour certains experts, l'Etat palestinien n'est plus qu'une fiction, après l'adoption d'une loi en faveur des colons.

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Des Palestiniens réclament la Présence internationale temporaire à Hébron (TIPH).  (Vendredi 1er février 2019)

Des Palestiniens réclament la Présence internationale temporaire à Hébron (TIPH). (Vendredi 1er février 2019)

AFP
Le président israélien Reuven Rivlin a rejeté dimanche la demande de grâce d'un soldat franco-israélien reconnu coupable et condamné pour avoir achevé un assaillant palestinien blessé et au sol. (Dimanche 19 novembre 2017)

Le président israélien Reuven Rivlin a rejeté dimanche la demande de grâce d'un soldat franco-israélien reconnu coupable et condamné pour avoir achevé un assaillant palestinien blessé et au sol. (Dimanche 19 novembre 2017)

Keystone
Israël va accélérer la construction d'un mur souterrain autour de Gaza visant à empêcher les infiltrations palestiniennes par des tunnels. (Jeudi 10 août 2017)

Israël va accélérer la construction d'un mur souterrain autour de Gaza visant à empêcher les infiltrations palestiniennes par des tunnels. (Jeudi 10 août 2017)

Keystone

La nouvelle loi israélienne en faveur des colons est un pas en avant vers une annexion de la Cisjordanie, selon des experts. L'Etat palestinien n'est plus qu'une fiction, estiment-ils. L'avenir pourrait s'ouvrir sur une lutte pour les droits civiques dans un Etat binational.

«Cette loi est une prise de position politique interne à Israël. Elle ne va pas être appliquée, car elle sera probablement jugée anticonstitutionnelle», explique Benoît Challand, professeur de sociologie à la «New School For Social Research» à New York.

Ce texte, qui confirme un déplacement du gouvernement israélien vers la droite, est tout au plus un «artifice légal», selon le Fribourgeois, qui rappelle que la colonisation existe depuis 1948. «La différence, c'est que cette fois la portée symbolique est énorme, car la loi implique directement les Palestiniens des territoires occupés dans une loi israélienne», ajoute-t-il.

50 ans d'occupation

«C'est un pas en avant dans la direction de l'annexion. Dans un sens, il serait bête pour Israël de ne pas aller de l'avant, surtout avec le changement de gouvernement à Washington», explique Yves Besson, ancien diplomate, professeur émérite à l'Université de Fribourg et ancien responsable de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens.

Il rappelle que cette année, cela fera 50 ans que dure l'occupation de la Palestine. Pourtant, la nouvelle loi représente un moment décisif dans l'histoire du conflit. «Israël avait une politique de faits accomplis pour la colonisation, mais jamais sur le plan juridique. Cette nouvelle loi représente une annexion de facto,» explique-t-il.

«Il n'y a pas une colonisation qui soit légale et une illégale, toute colonisation d'un territoire occupé est contraire aux obligations de l'occupant en droit international et selon les conventions de Genève», précise Georges Corm, historien libanais et ancien ministre des finances du Liban.

«Fiction d'un Etat palestinien»

La solution à deux Etats semble aujourd'hui plus que moribonde. «Le processus de paix n'a jamais existé, car le faire traîner autant depuis les accords d'Oslo de 1993 n'est devenu qu'un moyen de prolonger l'occupation et la colonisation», ajoute M. Corm.

«L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) continue de maintenir la fiction d'un Etat palestinien, mais il n'existe pas sur le terrain», selon l'ancien ministre. «Les Palestiniens n'y croient plus. La solution à deux Etats est morte depuis longtemps, probablement depuis 1996 déjà», explique M. Besson.

D'autant plus que le gouvernement israélien favorise toujours plus les colons. Mais il ne faut pas oublier que c'est la gauche israélienne qui «a commencé la colonisation», selon M. Corm. «Il est illusoire de penser qu'un changement de gouvernement mettrait un terme à sa continuation», ajoute-t-il.

Asymétrie

La Communauté internationale s'est pourtant insurgée contre cette nouvelle loi, «mais cela ne suffit pas» selon M. Challand. «Elle pense le conflit d'une manière symétrique entre Palestiniens et Israéliens, mais il faut qu'elle admette qu'il y a une asymétrie pour essayer de faire avancer les choses. Il faut de l'action et pas seulement de l'indignation» ajoute-t-il.

Malgré les condamnations répétées de la colonisation, «la communauté internationale a accepté tous les faits accomplis par Israël, il y a une tolérance totale. La Cour internationale de justice a bien condamné l'érection du mur qui encercle les villages palestiniens, pourtant il est toujours là», explique M. Corm.

Arrêter l'apartheid

Les Palestiniens semblent eux aussi peu à même de faire avancer la paix. Ils «n'ont aucun pouvoir, ils subissent un processus d'endiguement asymétrique dont Israël détermine les conditions», explique M. Challand.

Il n'est plus aujourd'hui question de deux Etats. Pour M. Besson, «la seule solution à terme est un Etat binational. Aujourd'hui la Palestine est un archipel d'îlots isolés les uns des autres.»

«Ce qu'il faut c'est arrêter l'apartheid. Il faut lutter pour le droit à une vie digne pour les Palestiniens», conclut M. Corm. (nxp/ats)

Suisse «ébranlée»

Suite à l'adoption de la loi israélienne pour les colons, la confiance de la Suisse «dans l'engagement du gouvernement israélien à l'égard de la solution à deux Etats se trouve sérieusement ébranlée», selon le DFAE. La Suisse estime par ailleurs qu'il faut renforcer l'unité palestinienne.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), contacté mercredi par l'ats, «enjoint le gouvernement israélien à réaffirmer son attachement à la solution à deux Etats, notamment par l'arrêt immédiat de mesures unilatérales qui en compromettent la réalisation», notamment l«établissement de nouvelles colonies qui «constitue un obstacle à la paix».

(NewsXpress)

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