Actualisé 09.01.2009 à 22:40

Neige à Marseille

«La pagaille n'est pas normale», selon la mission gouvernementale

Après trois jours de neige et de verglas, la situation est revenue à la normale vendredi dans les Bouches-du-Rhône.

Par contre les relations étaient glaciales entre le gouvernement et la ville de Marseille avec l'arrivée dans la cité phocéenne de la mission interministérielle chargée d'évaluer l'anticipation et la gestion de la crise.

Sur le terrain, le dernier secteur autoroutier fermé sur l'A55 a été rouvert. La préfecture a toutefois pris un arrêté y limitant la vitesse à 90km/h pour les véhicules légers et 70km/h pour les poids lourds en raison d'un verglas persistant. La situation est redevenue normale sur l'ensemble des axes secondaires.

Le trafic aérien a repris à l'aéroport de Marseille-Provence où des voyageurs étaient restés bloqués dans la nuit de jeudi à vendredi. Le service communication a avancé deux facteurs d'explication: «le fait que certains vols avaient été supprimés et le blocage des routes qui empêchaient les voyageurs de partir. Mais maintenant, tout est revenu à la normale».

Enfin, les équipes d'Electricité Réseau Distribution France (ERDF) ont travaillé dur et il ne restait à la mi-journée que 500 foyers encore privés de courant. Un retour définitif à la normale était prévu d'ici vendredi soir.

Tandis que le département sort de trois journées de «pagaille», c'est désormais la polémique qui enfle, notamment entre le gouvernement et le sénateur-maire de Marseille Jean-Claude Gaudin. «On ne peut pas accepter dans un pays moderne aujourd'hui que des aéroports soient fermés plusieurs jours, que des personnes soient bloquées sur l'autoroute une journée et une nuit», avait estimé jeudi le Premier ministre François Fillon, ce qui n'a pas plu à Jean-Claude Gaudin.

L'arrivée vendredi matin des quatre membres de la mission chargée d'évaluer l'anticipation et la gestion de la crise a fait réagir le sénateur. S'expliquant sur l'absence de matériel de déneigement dans sa ville, il a déclaré, lors d'une conférence de presse: «On n'est pas à Chamonix, on n'est pas à Montréal. Ce matin, on me disait 'comment se fait-il que vous n'avez pas de chasse-neige?'. Mais imaginez ce que dirait le 'Canard Enchaîné' si au prochain conseil municipal, je faisais une délibération en disant 'on va acheter trois chasse-neige'. On se demanderait qu'est-ce que ça cache, et on aurait d'ailleurs raison».

Dans une interview à «La Provence» paraissant samedi, François Fillon tente de calmer la polémique. «Il ne s'agit pas de stigmatiser qui que ce soit», estime le Premier ministre, pour qui «les contraintes et les désagréments qu'ont subi les usagers sont réels. Il est normal d'essayer de comprendre pourquoi, dans un noeud de communication aussi important que les Bouches-du-Rhône, on est arrivé à la paralysie».

Vendredi après-midi, les responsables de la mission désignée par les ministères de l'Intérieur et des Transports se sont employés à dédramatiser leur présence. «Ce type de mission se déroule à chaque fois qu'un événement exceptionnel se produit», a expliqué Philippe Sauzey, inspecteur général de l'administration, lors d'une conférence de presse en préfecture.

«Il s'agit d'un retour d'expérience dans lequel nous cherchons à comprendre ce qui s'est passé, pointer les dysfonctionnements quand il y en a et chercher à améliorer nos comportements futurs». Et d'expliquer que chacune des grandes crises connues en France ont débouché sur des améliorations notables: «C'est après la tempête de 1999, par exemple, que nous avons mis sur pied les alertes de Météo-France».

La mission a commencé à travailler vendredi. Elle devra remettre un premier compte-rendu aux ministres des Transports et de l'Intérieur le 20 janvier. «Mais un rapport plus complet sera remis dans deux au trois mois», a indiqué Philippe Sauzey.

Premier souci visible de la commission: calmer les esprits. «Nous ne pouvons pas encore livrer la moindre conclusion, mais il faut dédramatiser», a dit M. Sauzey. «Notre premier constat, c'est que l'alerte orange a été donnée, il n'y a eu ni victime ni accident grave», s'est-il félicité, considérant toutefois que «la pagaille n'est pas normale».

Laurent Fayen, ingénieur général des Ponts et chaussées, a ajouté que la mission allait évaluer les dégâts économiques occasionnés durant les trois jours d'intempéries. «Nous pourrons ensuite les comparer avec le coût d'une dotation de matériel permettant d'intervenir plus rapidement». (ap)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!