Yémen: La paix s'éloigne après deux mois de frappes
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YémenLa paix s'éloigne après deux mois de frappes

Le retour de la paix au Yémen apparaît plus incertain que jamais avec le «report» par l'ONU d'une conférence qui devait réunir en fin de semaine à Genève les parties du conflit.

La situation sur le terrain n'a en effet pas beaucoup changé deux mois après le lancement, le 26 mars, de la campagne de frappes aériennes par une coalition arabe sous commandement saoudien. L'objectif est d'empêcher les rebelles chiites Houthis de prendre le contrôle de l'ensemble du pays.

Les rebelles chiites ont été repoussés lundi par les milices sunnites de la plus grande partie de la ville de Dhaleh (sud), essuyant ainsi leur premier revers important en deux mois de guerre civile.

Mais, même si leurs capacités militaires ont été affaiblies, les Houthis et leurs alliés, les unités de l'armée restées fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, contrôlent toujours la capitale Sanaa et de vastes régions dans le nord, le centre et l'ouest.

A Taëz (sud), ils ont repoussé lundi une attaque de combattants tribaux et d'islamistes lors de violents combats de rue qui ont coûté la vie à 30 Houthis et cinq combattants gouvernementaux, selon un responsable local Les bombardements ont touché un dépôt de carburant ce qui a déclenché une explosion qui a tué dix personnes, ont rapporté des habitants.

Difficulté à réduire les méfiances

Les fragiles initiatives diplomatiques ont jusqu'à présent tourné court, à l'image des pourparlers de paix qui devaient se tenir le 28 mai à Genève. «Je peux confirmer que la réunion a été reportée», a déclaré un responsable de l'ONU à New York, sans donner plus d'explications ni avancer une autre date.

Ahmad Faouzi, porte-parole des Nations unies à Genève, a dit ne pas pouvoir confirmer les informations sur un report des discussions. Les plans sont toujours en cours pour que les discussions commencent jeudi, a-t-il dit.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait annoncé cette réunion, en espérant qu'elle aiderait «à relancer le processus politique au Yémen, réduire le niveau des violences et soulager le fardeau humanitaire, devenu insupportable».

Mais les contacts entrepris par le nouvel émissaire de l'ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, n'ont pas aidé à réduire la méfiance entre les protagonistes. Le diplomate a été reçu de nouveau dimanche à Ryad par le président en exil Abd Rabbo Mansour Hadi après sa visite en Iran, principal soutien des Houthis.

S'appuyer sur la résolution de l'ONU

Les rebelles ne reconnaissent pas l'autorité de M. Hadi depuis qu'ils l'ont poussé à la démission fin janvier en confirmant leur emprise sur la capitale, conquise le 21 septembre 2014.

Le camp de M. Hadi, qui a pu réunir la semaine dernière à Ryad des représentants des principaux partis politiques yéménites, exige, pour reprendre langue avec les Houthis, leur retrait de Sanaa et des autres villes. Comme le stipule d'ailleurs une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le porte-parole du gouvernement en exil, Rajah Badi, a jugé «difficile» d'envisager des pourparlers «dans les conditions actuelles».

Le report sine die des pourparlers de Genève intervient après un premier round de dialogue, parrainée par le précédent émissaire de l'ONU, Jamal Benomar. Mais ce dernier avait dû jeter l'éponge après avoir cru à une possible percée pour épargner à ce pays pauvre les affres de la guerre.

Cessez-le-feu non reconduit

Les espoirs nés de la trêve humanitaire de cinq jours initiée par Ryad pour venir en aide à une population qui manquait de tout, ont été vite douchés. Le cessez-le-feu n'a pas été reconduit à son expiration le 17 mai, Ryad accusant les rebelles d'avoir profité de la pause pour se renforcer.

Les Yéménites ne se font plus d'illusions sur les risques d'une longue guerre par procuration entre le royaume saoudien sunnite à l'Iran chiite, à l'instar de la guerre en Syrie qui a fait l'objet de deux conférences infructueuses à Genève. (ats)

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