Festival de Cannes: La Palme d'or, joie céleste ou cadeau empoisonné?
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Festival de CannesLa Palme d'or, joie céleste ou cadeau empoisonné?

La Palme d'or apporte son lot de joies et de douleurs aux gagnants comme aux perdants. Ses effets secondaires sont parfois surprenants.

par
Laurent Vidal
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La Palme d'Or du Festival de Cannes a été attribuée dimanche soir à «Dheepan» du Français Jacques Audiard. Ce film raconte le parcours en France de réfugiés sri-lankais.

La Palme d'Or du Festival de Cannes a été attribuée dimanche soir à «Dheepan» du Français Jacques Audiard. Ce film raconte le parcours en France de réfugiés sri-lankais.

Valery Hache
On le voit ici avec l'équipe du film.

On le voit ici avec l'équipe du film.

epa/ian Langsdon
Le Grand prix est décerné au film hongrois «Le fils de Saul» du réalisateur Laszlo Nemes (3e en partant de la gauche).

Le Grand prix est décerné au film hongrois «Le fils de Saul» du réalisateur Laszlo Nemes (3e en partant de la gauche).

Benoit Tessier

La Palme d'or, c'est comme le loto: super sur le papier, mais une belle source de stress pour ceux qui la gagnent. Entre ceux qui en rêvent, ceux qui ne l'ont jamais et ceux qu'elle angoisse, cette statuette prestigieuse semble dotée d'étranges pouvoirs.

Ceux qui auraient bien aimé

Pedro Almodovar («Tout sur ma mère», Prix de la mise en scène en 1999) fait partie des tricards que le trophée semble inexplicablement bouder. Il faudrait penser à lui donner la Palme d'honneur pour le consoler. Certains cachent leur déception mieux que d'autres. L'exubérant Robert Benigni (Grand prix du jury en 1998 pour «La vie est belle») s'est roulé par terre aux pieds du président Martin Scorsese.

«On vous demande de revenir pour la cérémonie de clôture sans vous dire pourquoi», explique Jacques Audiard. «A chaque prix, vous avez l'impression de vous en rapprocher». Le génial «Un prophète» s'est arrêté au Grand prix du jury en 2009. Il suffisait de patienter. Le réalisateur a emporté le trophée cette année pour «Dheepan».

Ceux qui cachent leur joie

Au grand dam du public, le timide Theo Angelopoulos n'a mâchouillé que des remerciements embarrassés pour «L'éternité et un jour» (1998). Plus flamboyant, Maurice Pialat a levé poing en affirmant «Je ne vous aime pas non plus» en réponse aux sifflets saluant la consécration de «Sous le soleil de Satan» (1987).

Steven Soderbergh, récompensé par Wim Wenders pour son premier film «Sexe mensonges et vidéo» (1989), n'a pas pris que du plaisir à ce trophée. «Cela m'a mis une pression incroyable tant je craignais de rater mon deuxième film». La Palme la plus amère est peut-être celle de Jane Campion qui, quelques jours après l'avoir reçue pour «La leçon de piano» en 1993, perdit l'enfant qu'elle attendait

Ceux qui sont contents

Il y a tout de même des réalisateurs heureux de récupérer la statuette. «Cela a permis à mon film de se faire connaître dans le monde entier, une chance inespérée pour un inconnu comme moi», avoue Christian Mungiu «(4 mois, 2 semaines et 1 jours», 2007). Quentin Tarantino, exubérant comme pas deux, définit l'acquisition de sa Palme pour «Pulp Fiction» (1994) comme: «un sacré putain de moment dans ma putain de vie».

Que pensera Jacques Audiard de son trophée ? Dans ses remerciements, il a eu l'élégance de faire un clin d'œil à Michael Haneke qui lui avait soufflé la Palme en 2005 pour «Le ruban blanc»…

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