Genève: La parade anti-police bascule dans la violence
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GenèveLa parade anti-police bascule dans la violence

Plus de 300 personnes se sont réunies samedi après-midi pour protester contre le défilé historique célébrant le bicentenaire de la police et «l'état policier».

par
Jérôme Faas

«Mais ce que t'es con! C'est pas le but!», hurle une très jeune femme à la rue Gourgas. Un homme masqué vient de briser la vitre d'une BMW pour y enfourner un fumigène. Il est 15h50 ce samedi et ce qui était annoncé comme une «parade festive» contre le défilé du bicentenaire de la police vient de basculer du côté obscur. Depuis 15h, une soixantaine d'individus sur les 300 que comptait la manifestation à son départ de la plaine de Plainpalais tentaient d'en découdre avec les forces de l'ordre. Ils y parviennent enfin, les participants s'éparpillent, les plus irréductibles construisent des ébauches de barricades dans la rue des Bains, la police tire à deux reprises des gaz lacrymogènes, c'en est finit du cortège.

«Arrêtons de glorifier la police»

En début d'après-midi sur la plaine, une quadragénaire explique que la parade, intitulée «dance against police», a pour but de «s'opposer à cet état policier. On veut la liberté de mouvement, d'expression. Arrêtons de glorifier la police.» Elle s'émeut des dizaines d'agents en tenue anti-émeute postés dans les rues adjacentes. Les forces de l'ordre tiennent à éviter tout contact entre les manifestants et le défilé officiel, qui doit arriver à la place Neuve à 16h. « Ce type de situation, c'est aberrant, risible, explique la militante. Vous voyez la disproportion des forces? C'est contre cette disproportion qu'on s'élève.»

Le cortège s'ébroue. Sound system, drapeau anarchiste, plusieurs visages masqués et slogans de rigueur. «Mort aux vaches, morts aux condés», «police partout, justice nulle part», etc. Un jeune punk explique que les photos, il n'en veut pas. «Non, on n'est pas là pour être vus! On est là pour manifester, donner notre sentiment.» La procession contourne la plaine. Dans les rues parallèles, les policiers la suivent.

Pétards, peinture, fumigènes, bouteilles

Premier face-à-face à l'angle de la rue du Stand et du boulevard Georges-Favon. Rien ne bouge. Un homme seul, charisme, épée, emphase et sarcasme, affronte verbalement la quarantaine d'agents en tenue de combat. Aucune réaction, aucun contact physique. Second face-à-face au boulevard Saint-Georges, à quelques mètres de la place du Cirque. Les manifestants accentuent la provocation. Pétards, jets de peinture, de fumigènes, de bouteilles. Les policiers ne bronchent pas.

Restent quelque 200 personnes. Une quinquagénaire interpelle les quérulents, leur suggère de rentrer chez eux. «Pour info la rue elle est à nous, elle est pas à toi, lui rétorque un homme plus âgé que ses pairs, visage marqué et habitué de la contestation de trottoir. Nous, on dort dans la rue, toi tu dors chez toi.»

Mercedes détériorée, BMW brûlée

Dernier face-à-face à la rue Gourgas. La frange dure obtient ce qu'elle était venue chercher. Une dizaine d'activistes se porte au contact du cordon policier, banderole en main. Charge sur dix mètres. Un jeune homme saigne du visage. Des individus masqués déplacent une Mercedes bernoise pour en faire une barricade, puis éclatent sa vitre. Lourde ambiance, désaccord entre manifestants. «Arrêtez, arrêtez, c'est de la merde!, crie une jeune fille. Soit on charge la police, soit on se casse.» Quelques minutes passent, la BMW s'embrase. «C'est super, ça fout tout en l'air, s'énerve un jeune. Foutre le feu à une bagnole, ça fait peur à tout le monde, le résultat est efficace!»

Barricades et tirs de lacrymogènes

La manifestation est morte, demeurent les excités, quelques dizaines. Ils sont dans la rue des Bains. Les barrières de chantier du Musée d'ethnographie sont dressées sur la chaussée. La rue des Maraîchers est obturée. Premiers tirs de lacrymogènes. Le boulevard Carl-Vogt est barré, puis la rue des Bains. Seconds tirs de lacrymogènes. Les derniers «manifestants» filent sur le quai Ernest-Ansermet. L'un d'eux reproche à une passante de «les suivre». «J'ai envie de rentrer chez moi, je suis à pied, je n'ai pas de bagnole, je ne suis pas riche, et vous me dites de ne pas vous suivre? Vous êtes malade!», s'énerve-t-elle. Puis, à un autre passant : «J'ai croisé des flics en civil, je leur ai demandé, vous ne faites rien? Ecrivez à Maudet, qu'ils m'ont dit… Et ce jeune, qui me reproche de le suivre! Plus tard, il sera flic ou douanier, puisqu'il n'y a pas de boulot…»

Une fusée blesse un passant

Outre la BMW incendiée, la police dénombre cinq autres véhicules endommagés à la rue Gourgas, et deux bus visés par des engins pyrotechniques. A la plaine de Plainpalais, un passant a été blessé à la jambe par une fusée tirée par les manifestants. Une centaine de contrôles d'identité préventifs ont été réalisés avant le départ du cortège. Eric Grandjean, le porte-parole des forces de l'ordre, parle de deux agents blessés par des jets de pierres, à la main et à l'omoplate. Il n'a été procédé à aucune interpellation directement en rapport avec les faits. "On sait qui sont les auteurs, mais on évite d'intervenir directement, car cela risque de mettre le feu aux poudres", dit l'officier.

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