Actualisé 03.07.2019 à 09:22

FribourgLa pédopsychiatre était folle de son jeune patient

Un jeune homme autiste a eu des relations sexuelles avec son ancienne thérapeute. Les juges doivent déterminer s'il avait les moyens de refuser.

de
Xavier Fernandez
La thérapeute voulait aussi écrire un livre avec le jeune homme.

La thérapeute voulait aussi écrire un livre avec le jeune homme.

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Julia* avait la quarantaine lorsqu'elle a commencé à traiter un ado atteint d'autisme et de troubles de la personnalité, dans une unité de pédopsychiatrie fribourgeoise. Luc* a connu auprès d'elle une évolution remarquable, en quelques années. Alors qu'au départ il ne parlait pas, il est devenu capable de tenir des conversations des plus intéressantes.

Considéré par tous comme une personne très intelligente et doté d'un talent inné pour l'écriture, il a au fil des ans tissé des relations intimes avec sa thérapeute. Cette dernière, en parallèle, vivait un véritable calvaire. «Elle était seule ou presque pour assumer le travail de quatre médecins», explique son avocat. Épuisée physiquement et mentalement, elle n'adressait plus la parole à son mari et ses enfants, à peine plus jeunes que son patient. Et elle a même fini par sombrer dans l'alcool. «J'ai fait une descente aux enfers. Heureusement, j'ai finalement pu m'en sortir», dit-elle.

Des rendez-vous réguliers

Lorsque Luc a atteint l'âge adulte, fin 2015, la thérapie a pris fin. Il s'est donc trouvé un nouveau psy, mais n'a jamais cessé de voir Julia. Leurs rendez-vous, hebdomadaires, étaient pour elle une bouffée d'oxygène. Quant à lui, il a ainsi gardé contact avec la seule personne en qui il avait confiance. Peu à peu, Julia est tombée follement amoureuse, et lui avait aussi des sentiments pour elle. «Mais je la voyais davantage comme une mère», souligne-t-il.

Après l'échange de nombreux messages et blagues à caractère sexuel, Julia a pratiqué une première fellation à son ancien patient. «Je ne m'y suis pas vraiment opposé. Je pensais qu'en acceptant nous pourrions tourner la page», témoigne-t-il. C'était en mai 2016. Un mois plus tard, Julia a voulu remettre ça. Mais, cette fois, Luc n'était pas d'accord. Il aurait tenté de le lui faire comprendre, sans le dire clairement, et l'a finalement repoussée en plein acte.

Interdiction de pratiquer

À la suite du procès qui s'est tenu mardi au Tribunal de la Sarine, les juges devront déterminer si le jeune se trouvait dans une situation de dépendance face à Julia, qui travaille désormais auprès de seniors. L'accusation et le Ministère public ont requis contre elle une interdiction de pratiquer la pédopsychiatrie durant cinq ans, une peine de prison de 24 mois avec 5 ans de sursis et une peine pécuniaire de 5000 francs, pour: contrainte sexuelle, abus de détresse et contrainte. Verdict mardi prochain. À noter que la défense a admis le harcèlement sur les réseaux sociaux, intervenu après que Luc a coupé le contact en juillet 2016.

*Prénoms d'emprunt

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