Affaire Stern: La phrase qui a tout déclenché chez Cécile B.
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Affaire SternLa phrase qui a tout déclenché chez Cécile B.

Cécile B., meurtrière du banquier français Edouard Stern, a été longuement interrogée lundi par la Cour d'assises de Genève. Très éprouvée par l'audience, l'accusée a parlé de la phrase choc prononcée par Edouard Stern.

par
Didier Bender
Genève

«Pourquoi l'avez-vous tué? C'est à cause de la phrase: "Un million de dollars, c'est cher payé pour une pute?"». Il est 19h lorsque Me Marc Bonnant, l'avocat de la partie civile questionne directement l'accusée Cécile B. «C'est ça et uniquement cette phrase qui a déclenché cet acte abominable que je regretterai toute ma vie». En pleurs, Cécile B. avoue que «c'est une phrase qui m'a tuée.»

«On sait désormais pourquoi vous avez tué: la phrase. On ne plaidera que la phrase», surenchérit Me Bonnant, devant une Cécile B. très marquée par son audition. A plusieurs reprises au cours de ce quatrième jour de procès, l'ex-maîtresse d'Edouard Stern s'est excusée. «Je tiens mal sur mes jambes parce que je ne vais pas bien», a-t-elle expliqué.

Plus tôt dans l'après-midi, la Française a tenté d'éclaircir sa relation avec son amant, jusqu'au soir fatidique. «Dès le début, il a voulu contrôler ma vie. Il pouvait être merveilleux pendant dix jours. Et après, ça pouvait être l'enfer pendant dix jours», raconte Cécile B. devant une assistance attentive. De cette relation, la Cour met en lumière certains points: ainsi, c'est à chaque fois Cécile B. qui met fin à sa relation avec Edouard Stern. Celui-ci se lance alors dans des «périodes de reconquête où il était adorable.»

Répondant aux questions de la présidente du tribunal, Cécile B. raconte la nuit de l'homicide. «A un moment donné, il dit une phrase qui me fait tout exploser: le coeur, la tête.» Question de la présidente: «C'est la phrase: un million c'est cher payé pour une pute?». Cécile B. en pleurs: «Oui.» Puis l'accusée détaille les minutes qui ont suivi ce moment crucial. «Je suis partie comme un automate. J'ai pris la première arme qui est venue... Je ne savais pas si elle était chargée. Je marchais comme sur des coussins d'air. Je glissais... Et puis, il s'est passé ce qui s'est passé.» Puis de s'excuser: «Evidemment, je suis coupable à 100%... Je n'étais pas moi-même. C'est 3 secondes de ma vie qui ne m'ont pas appartenues.» Elle venait de commettre l'irréparable.

Le procureur général a mis en évidence les mensonges de l'accusée, la confrontant aux témoignages de cinq personnes disant avoir eu des relations sexuelles avec cette dernière durant la période où elle était avec Edouard Stern. «J'aime Edouard à la folie. Depuis le début, on ne parle que de sexe et d'argent», pleurniche Cécile B. Qui précise au procureur: «La vérité, je suis la seule à la savoir, la seule à pouvoir la dire.»

Après plus de deux heures, une suspension d'audience est acceptée. Le procureur devra patienter pour en finir avec ses questions. Au retour, Cécile B. prend la parole: «Je suis la seule détentrice de la vérité. Je ne veux pas qu'on dise qu'Edouard a été assez stupide pour passer quatre ans avec une call-girl stupide», dit l'accusée. En larmes, elle poursuit: «De toute façon, je serai toujours en "prison".»

Le procureur: «Pourquoi ne vous êtes-vous pas dénoncée?». Cécile B. «A cette époque-là. Je n'arrivais pas à le croire. Je passais des heures à imaginer que ce n'était pas moi... C'est abominable de se révéler à soi-même qu'on a fait un acte pareil.»

A bout physiquement, Cécile B. tente de rester debout. «Par respect pour Edouard», souligne-t-elle. Me Bonnant a construit son intervention sur une question rituelle, présentant divers moments de la relation entre les deux amants. «Ce n'est pas à cause de cela que vous l'avez tué?» Le jury apprendra que la fameuse phrase a joué un rôle clé dans l'acte commis par Cécile B. «Elle a provoqué en moi tellement d'émotion, de douleur...»

Reste la question du million de dollars versé sur un compte, puis bloqué par Edouard Stern. Elle a beaucoup occupé les conversations. «Je ne vous avouerai jamais que ce million, c'est la raison pour laquelle j'aimais Edouard», a avoué Cécile B. au procureur. Tout juste a-t-elle répondu à Me Bonnant, «Je ne peux pas dire que cela y soit étranger. Ce million a longtemps été un facteur déclenchant». C'est bien la phrase choc provoquée par Edouard Stern qui semble avoir causé la perte de l'homme d'affaires français.

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