Football - Coupe du monde: La polémique a créé une rare union sacrée

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Football - Coupe du mondeLa polémique a créé une rare union sacrée

L'affaire dite «de l'Aigle avec les mains» a monopolisé vos médias ces derniers jours. Heureusement, comme toujours, le sport va reprendre ses droits.

par
Robin Carrel
Moscou
Le football suisse n'aura sans doute jamais autant fait parler.

Le football suisse n'aura sans doute jamais autant fait parler.

Keystone/Laurent Gillieron

Un Serbe brandit trois doigts en l'air passés inaperçus au premier match, des Suisses font des Aigles avec les mains la rencontre d'après et le monde entier en parle. Le tout, pendant que d'autres se signent ou remercient des Dieux divers et variés, après avoir marqué, tout au long de l'année, ou portent des fois un t-shirt remerciant leur maman. Soit... De tout temps, le football a été une foire d'empoigne de revendications diverses et variées, que les joueurs soient conscients de la portée de leurs gestes ou pas. Reste qu'au final, on s'en fiche un peu. Tout ce que les nôtres ont réussi cette fois, c'est à souder «notre Nati» et «notre nation» comme rarement.

Les instances internationales ont un jour tenté de légiférer sur le soulevé de maillot, sur le niveau de festivité après un but pour savoir s'il était légal de dépasser la ligne de fond en levant les bras ou de faire des trucs avec les mains. Et alors? Quand on fait une tournante de tournois par continents jamais assumée, quand on attribue un Mondial au Qatar, quand on augmente contre toute logique sportive un tournoi à 48 équipes, la FIFA s'auto-amende-t-elle du clientélisme, de la géopolitique et de la politique tout court pour autant? La réponse est non, vous en avez tous convenu.

Le but de la délivrance pour Shaqiri

22.06.2018 Mondial 2018. Serbie - Suisse. Groupe E. (2-1)

La Suisse, si neutre soit-elle, a pour une fois été emportée dans une incroyable tourmente, parce que deux gamins (OK, Granit Xhaka a 25 ans et Xherdan Shaqiri une année de plus, mais sérieux, on faisait quoi, nous, à cet âge-là, en pleine euphorie?) ont répondu à six mois de provocation d'une presse que nous sommes bien incapables de lire, d'écrire vu le niveau, ou même de reproduire, par une connerie – oui, on en a débattu, ce geste était tout de même un peu bête au final, non? – qui a fait le tour du monde. Même le «New York Times» en a fait ses choux gras. Reste que le meilleur dans l'histoire, c'est que la Suisse, (ré)unie comme jamais, a répondu d'une excellente manière: par une rare unité, et j'en suis très fier.

A part quatre personnes à droite (très à droite) et une ou deux à gauche (vraiment très à gauche, quitte à faire le tour par derrière), l'ensemble de la nation helvétique s'est rangée derrière ses internationaux (on pèse ce mot), derrière ses enfants finalement, et ça nous a fait tous chaud au coeur. Ça m'a rappelé le football de base de chez nous, quand les types de La Sallaz battaient ou perdaient contre les gars de Chavannes-Epenex un dimanche matin à neuf heures, quand les joueurs du FC Donzelle dominaient ou s'inclinaient contre la II du FC Satigny alors que tous ces joueurs n'avaient droit qu'aux vestiaires No 32 et 17, qu'on en avait rien à faire de nos couleurs sur le pré ou sous la douche et qu'on ne matait que celle des maillots que l'on portait, celles de notre quartier ou de notre village. Notre football, quoi.

Après, reste la question horrible... Et si la Nati avait perdu ce match? Ou alors si on en était resté à 1-1 et que Granit Xhaka avait tout de même mis le feu à ce Mondial avec son papillon et qu'on n'était pas tous allés klaxonner de joie? Shaqiri et lui seraient-ils encore autant «Suisses», du coup? Oui, ça, ça me démange. Mais il reste heureusement un, deux, trois matches ou plus si affinités pour prouver que ce n'était pas qu'un épiphénomène. Honnêtement, ça m'intéresse.

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