30.07.2016 à 01:37

CanadaLa police a orchestré des accusations de terrorisme

La police a instrumentalisé deux marginaux pour les présenter comme des djihadistes, selon une cour suprême régionale.

Intervention de la police canadienne pendant l'attaque du Parlement d'Ottawa. (Archive, 22 octobre 2014)

Intervention de la police canadienne pendant l'attaque du Parlement d'Ottawa. (Archive, 22 octobre 2014)

photo: Keystone

La cour suprême de Colombie-Britannique a estimé vendredi 29 juillet que la police canadienne avait manipulé et piégé un couple de Canadiens, déclarés coupables en 2015 d'activités terroristes. Elle a ordonné leur remise en liberté immédiate.

Dans un jugement inédit, la haute juridiction de la province de l'Ouest canadien a vivement blâmé la police fédérale qui a instrumentalisé deux marginaux pour les présenter comme des djihadistes. L'homme de 41 ans et son épouse de 33 ans avaient été accusés l'an dernier d'avoir préparé des engins explosifs avec l'objectif de faire le maximum de victimes lors des célébrations de la fête nationale canadienne en 2013.

Marginal et ex-toxicomane

En 2013, la gendarmerie royale du Canada, alertée par les services de renseignements, avait placé sous surveillance l'homme, soupçonné de vouloir acheter du nitrate de potassium. Ce dernier, un marginal et ancien toxicomane, a ensuite été contacté par des agents infiltrés.

Pendant cinq mois, l'opération policière a «monté 28 scénarios allant d'un simple appel téléphonique à des rencontres complexes sur plusieurs jours», a rappelé la cour suprême. Cette opération s'est terminée au matin du 1er juillet 2013 avec la pose de trois autocuiseurs avec des détonateurs désactivés devant le Parlement provincial et l'arrestation du couple.

Suspicion raisonnable

«La police n'a pas le droit d'ouvrir une enquête (...) à moins d'avoir une suspicion raisonnable», a rappelé la cour suprême. «La police avait très peu de preuves au début de l'opération d'infiltration».

En donnant raison au couple, la juge a qualifié de «circonstances exceptionnelles» l'abandon de charges en raison d'un abus de procédure «au motif que l'écart de conduite de l'Etat porte atteinte à l'intégrité de la justice».

«Le monde a assez de terroristes. Nul besoin de la police pour créer davantage de marginaux qui n'ont ni la capacité, ni la motivation suffisante d'agir par eux-mêmes», a conclu la juge.

Dans un communiqué, le service des poursuites pénales du Canada, représentant du parquet fédéral, a indiqué avoir immédiatement fait appel de cet arrêt. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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