États-Unis: La police accusée de mansuétude avec les Trumpistes, de sévérité avec les antiracistes
Publié

États-UnisLa police accusée de mansuétude avec les Trumpistes, de sévérité avec les antiracistes

La Garde nationale, régulièrement déployée à titre préventif l’an dernier lors des manifestations antiracistes, n’avait pas été activée mercredi avant l’invasion du Capitole. L’illustration d’un traitement différencié selon les manifestants dénoncent certains.

1 / 0

Comme de nombreux Américains, le président élu Joe Biden a dénoncé jeudi la mansuétude des forces de l’ordre face aux partisans de Donald Trump qui ont brutalement envahi le Capitole la veille, soulignant le contraste avec le traitement musclé réservé aux manifestants antiracistes.

«Personne ne peut me faire croire que s’il s’était agi hier d’une manifestation de Black Lives Matter», mouvement antiraciste à l’origine de multiples rassemblements l’an dernier dans tous les États-Unis, «ils n’auraient pas été traités très, très différemment de la foule de voyous qui a pris d’assaut le Capitole», a lancé Joe Biden lors d’une allocution depuis son fief de Wilmington.

«Nous savons tous que c’est vrai et c’est inacceptable», a insisté le prochain président américain, qui s’installera à la Maison Blanche le 20 janvier et a bénéficié pour son élection d’une forte mobilisation des électeurs noirs.

Des milliers de partisans de Donald Trump, aiguillonnés par leur président venu s’adresser directement à eux, ont facilement débordé mercredi les services de sécurité du Capitole alors que les élus y tenaient session.

Certains sympathisants du président républicain ont forcé des barrières de sécurité et bousculé voire frappé des policiers qui tentaient de leur barrer le passage. Dans d’autres cas, des médias américains rapportent que les forces de l’ordre leur ont ouvert les portes.

Des milliers de partisans de Donald Trump, aiguillonnés par leur président venu s’adresser directement à eux, ont facilement débordé mercredi les services de sécurité du Capitole alors que les élus y tenaient session. (Tasos Katopodis/Getty Images/AFP)

Des milliers de partisans de Donald Trump, aiguillonnés par leur président venu s’adresser directement à eux, ont facilement débordé mercredi les services de sécurité du Capitole alors que les élus y tenaient session. (Tasos Katopodis/Getty Images/AFP)

AFP

Malgré ces troubles manifestes, les policiers chargés de la sécurité des lieux n’ont pas fait usage de gaz lacrymogènes jusqu’à ce que les intrus aient atteint le cœur du bâtiment, où ils ont fouillé et saccagé des bureaux sans rencontrer d’opposition.

Quant à la Garde nationale, régulièrement déployée à titre préventif l’an dernier, à Washington comme ailleurs, lors des manifestations demandant la fin des brutalités policières contre les minorités, elle n’avait pas été activée mercredi avant le chaos, qui n’a cessé qu’au bout de plusieurs heures.

Pour de nombreux Américains, militants antiracistes en tête, c’est la preuve que la police et les autorités américaines font «deux poids, deux mesures».

«C’est énorme»

«Nous avons passé tout l’été à nous battre pour des gens comme George Floyd (…) et nous avons été reçus avec des balles en caoutchouc», du gaz lacrymogène et des matraques, a souligné sur CNN Patrisse Cullors, l’une des fondatrices de Black Lives Matter (BLM).

Patrisse Cullors s’est réjouie que Joe Biden ait reconnu jeudi cette inégalité de traitement. «C’est énorme parce qu’il ne s’adresse pas seulement au pays, il s’exprime sur la scène internationale», a-t-elle relevé.

Michelle Obama s’est elle aussi indignée jeudi du contraste frappant et de la clémence consentie aux sympathisants de Donald Trump. «Les manifestations de Black Lives Matter étaient majoritairement pacifiques… Et pourtant, ville après ville, jour après jour, nous avons vu des manifestants paisibles confrontés à la force brute», a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

À l’opposé, ceux qui ont envahi le Capitole «ont profané le cœur du gouvernement américain. Et quand les autorités ont finalement repris le contrôle de la situation, ces émeutiers et membres de gangs ont été escortés hors du bâtiment non pas menottés, mais libres comme l’air», déplore l’ex-première dame des États-Unis.

«Pensez un peu au carnage s’ils n’avaient pas été blancs», avait de son côté réagi sur Twitter l’acteur Chris Evans, connu dans le monde entier pour avoir incarné le super-héros Captain America, tandis que le rappeur et acteur Ice-T écrivait: «Imaginez une seconde que BLM ait tenté ce genre de conn…».

«Ils nous ont tués pour moins que ça!» assurait l’organisation historique de défense des droits civiques NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

La star du rap Cardi B a quant à elle épinglé le président Trump, qui traitait les manifestants antiracistes de tous les noms l’an dernier, les qualifiant d’«animaux» à jeter «en prison» ou de «voyous» sur lesquels lâcher les chiens.

Mercredi, Donald Trump a tardé à prendre la parole pour appeler les émeutiers du Capitole à rentrer chez eux, faisant preuve d’une douceur peu coutumière. «Je comprends votre douleur. Je sais que vous êtes blessés», leur a-t-il dit, ajoutant «je vous aime».

«L’ironie est assez amusante… Est-ce que l’été dernier, les gens qui demandaient justice n’étaient pas juste des animaux sauvages?» a interpellé sur Twitter Cardi B.

(AFP)

Ton opinion