Genève: La police du commerce ferme une pizzeria connue
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GenèveLa police du commerce ferme une pizzeria connue

L'Etat poursuit son opération de mise en conformité avec la nouvelle loi sur la restauration. Les scellés ont été posés sur l'Incontro.

par
Jérôme Faas
L'Incontro se trouve à l'angle de la place de la Synagogue et du boulevard Georges-Favon.

L'Incontro se trouve à l'angle de la place de la Synagogue et du boulevard Georges-Favon.

20 minutes / jef

Au mois d'octobre, le Canton sifflait la fin de la récréation. Près de deux ans après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la restauration et le débit de boissons (LRDBHD), il annonçait qu'il allait fermer 280 établissements ayant omis de s'y conformer. Il y aura de tout, certains auront pignon sur rue, indiquait en substance le conseiller d'Etat MCG Mauro Poggia. Nous y voilà: mercredi matin, la police a posé les scellés sur les portes de l'Incontro. La pizzeria du quartier des banques, dont la terrasse, en été, remplit la place de la Synagogue, est pourtant une petite institution.

La raison précise de la fermeture du restaurant est inconnue. La non-conformité à la LRDBHD, qui compte septante articles, peut concerner toute une série de domaines, allant du grave au véniel, de problèmes de patente au travail au noir, en passant par l'inscription au registre du commerce ou le paiement des charges sociales. Or, par principe, le Département de la santé et de l'emploi, qui chapeaute la police du commerce et de lutte contre le travail au noir, ne commente aucun cas particulier.

Le patron des cafetiers serein

Laurent Terlinchamp, président de la société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève, dit tout ignorer de cette fermeture, qu'il prend avec recul. «Cela nous dit simplement que la loi est appliquée. On ne peut pas vouloir faire respecter les clients, les employés, et s'étonner lorsque cela a des effets dans la réalité. On ne peut pas s'émouvoir à chaque fermeture. Pour l'heure, je n'ai pas eu de retour de mes membres ni d'appels au secours relatifs à l'action de l'Etat. Je ne sais pas ce qui est reproché à l'Incontro, mais ces gens ont forcément été avertis.»

Conflit syndical

S'agit-il des suites d'un conflit syndical médiatisé en juin? Marlene Barbosa, secrétaire syndicale au SIT, rappelle ainsi que d'ex-employés de la pizzeria ont entamé une procédure aux prud'hommes pour, notamment, des licenciements survenus à la suite de maladies, des salaires impayés et des horaires instables et éreintants. Pour ces faits, le syndicat avait saisi l'Inspection paritaire des entreprises (IPE). Marlene Barbosa dit espérer que cette instance et la police du commerce et de lutte contre le travail au noir échangent leurs informations.

Porte-parole du Département de l'emploi, Laurent Paoliello, sans connaître ni commenter le cas de l'Incontro, exclut tout rapport entre cette affaire et une éventuelle fermeture. «La juridiction des prud'hommes et la LRDBHD sont des choses bien distinctes. On ne ferme pas un restaurant pour licenciement abusif.»

Rouleau compresseur

S'exprimant en général quant aux fermetures en cours, il indique que celles-ci sont amenées à s'intensifier dans les jours à venir: les périodes de recours touchent en effet à leur terme. Pour l'heure, le Département envoie cinq avis de fermeture par jour. «Le rouleau compresseur avance lentement. C'est un avantage, car on peut le faire graduellement, sans trop recourir aux forces de police, et cela permet aux éventuels employés licenciés d'être correctement pris en charge par l'Office cantonal de l'emploi.»

Cinq établissements sous scellés

Ce jeudi à midi, Laurent Paoliello calculait que «la phase d'intervention de l'Etat concerne encore 154 établissements. Vingt-huit ont déjà été fermés et ont rouvert, cinquante-cinq sont fermés (ndlr: ils ont obéi à l'injonction étatique), cinq ont été placés sous scellés (ndlr: ils n'ont pas obéi et ont été fermés de force). Il en reste donc soixante-six qui sont susceptibles d'être fermés et qui vont recevoir sous peu un courrier.»

Nous ne sommes pas parvenus, pour l'heure, à joindre les gérants de l'Incontro.

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