Torture en Russie: La police lui a arraché les ongles
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Torture en RussieLa police lui a arraché les ongles

Un détenu a été passé à tabac et étranglé par des policiers russes dans la région de Moscou, dénonce une ONG.

Un jeune Daguestanais, Farid Eldarov, est détenu depuis le 8 mars par la police de la région de Moscou où il a été passé à tabac, étranglé, menacé de viol et où des ongles lui ont été arrachés, a dénoncé mardi l'ONG de défense des droits de l'Homme Memorial.

Le jeune homme, né en 1988, a été arrêté à Krasnozavodsk (région de Moscou) avec un ami, Ramzan Chaïkhaeva, chez qui il passait la nuit du 7 au 8 mars lorsqu'un groupe d'une trentaine de policiers a fait irruption, selon un communiqué de l'ONG.

M. Eldarov a ensuite été conduit dans un commissariat de Khimki, dans la banlieue de la capitale, où il a été longuement frappé pour qu'il donne «des informations sur Ramzan», son ami lui aussi originaire du Caucase russe, région qui est le terrain d'une rébellion islamiste.

Menace de viol avec une matraque

Ensuite, «ils lui ont arraché la moitié des ongles des doigts. Puis, ils lui ont passé un noeud autour du cou et l'ont fixé au mur à hauteur d'homme pour qu'à chaque mouvement il s'étrangle», explique Mémorial, dont l'un des avocats a recueilli le témoignage du jeune homme.

«Ensuite ils l'ont frappé, lui ont tordu les mains et les pieds, l'ont frappé sur les doigts et les orteils, ont menacé de le violer avec une matraque», explique encore Memorial.

A un moment, M. Eldarov a frappé deux policiers au visage, et des poursuites ont été engagées contre lui le 9 mars pour «violences contre des représentants de l'Etat».

Par ailleurs, selon Mémorial, le jeune homme est toujours détenu dans une cellule de la police alors qu'après 10 jours au plus tard il aurait du être transféré vers un centre de détention provisoire. «La détention d'Eldarov est donc illégale», note l'ONG russe.

Des cas de tortures commis par des policiers sont régulièrement dénoncés en Russie. Ainsi, un commissariat du Tatarstan (Russie centrale) est au coeur d'un important scandale à la suite de la mort d'un homme début mars, qui avait été été sodomisé en garde à vue avec une bouteille.

Cette affaire, qui a conduit à l'arrestation de plusieurs policiers, a mis à jour plusieurs affaires similaires dans ce même poste de police.

Le nombre de plaintes contre la police en augmentation

Les accusations visant la police se multiplient en Russie, avec une trentaine de plaintes recensées mardi pour la seule ville de Kazan où un homme est mort début mars après un viol en garde à vue. Des ONG révélent d'autres cas de violences un peu partout dans le pays.

«Au cours des dernières 24 heures, 28 plaintes de citoyens ont été enregistrées concernant des actes illégaux commis par la police de Kazan», indique un communiqué du Comité d'enquête russe, organe en charge des investigations criminelles.

Le comité a aussi annoncé l'arrestation de deux policiers du commissariat Dalny de Kazan (700 km à l'est de Moscou) pour des violences en octobre 2011 contre Oskar Krylov, un jeune homme qui accuse les forces de l'ordre de l'avoir violé avec une bouteille et d'avoir étouffé sa plainte.

C'est dans ce même poste que Sergueï Nazarov, 52 ans, a été sodomisé avec une bouteille de champagne, avant de mourir le 10 mars d'une rupture intestinale.

Les violences policières sont connues en Russie, mais l'affaire a fait grand bruit dans le pays, par la cruauté des faits et dans un climat de contestation sans précédent contre le régime de Vladimir Poutine.

Policiers arrêtés

Au moins trois plaintes ont été déposées dans le même commissariat Dalny. Au total, avec les arrestations annoncées mardi, dont celle de l'un des chefs du poste de police, Aïnour Rakhmatoulline, ce sont sept policiers qui ont été arrêtés pour des violences dont le but aurait été de faire avouer des vols.

Une enquête sur le décès d'un étudiant en 2008 dans un autre commissariat de Kazan a aussi été relancée.

Des ONG de défense des droits humains, qui dénoncent de longue date les mauvais traitements voire la torture dans la police russe, ont dénoncé plusieurs autres cas de violences policières dans d'autres régions de Russie.

Absence de contrôle

D'autres ONG enquêtent sur le cas de Petr Farber, 18 ans, qui dans une lettre publiée le 22 février par le journal d'opposition Novaïa Gazeta a raconté avoir été battu par des agents du FSB (service de sécurité intérieur, ex-KGB) de la région de Tver (160km au nord-ouest de Moscou). Selon lui, ces mauvais traitements visaient à le faire témoigner contre son père, accusé de corruption.

En janvier, c'est un adolescent de 15 ans qui était mort après avoir été frappé à coups de manche à balai dans un commissariat de Saint-Petersbourg. Deux policiers ont été arrêtés.

Selon la fondation Jugement citoyen, ces pratiques s'expliquent par «la psychologie des agents et l'absence de contrôle» mais aussi par le fait que chaque commissariat doit remplir des objectifs fixés par la hiérarchie dans la lutte contre la criminalité.

«La torture est l'un des moyens utilisé pour atteindre les résultats prévus», explique l'ONG dans un article publié lundi. (afp)

28 plaintes contre la police russe au Tatarstan

Le Comité d'enquête de Russie a annoncé mardi avoir reçu 28 plaintes en une journée visant la police de Kazan au Tatarstan (700 km à l'est de Moscou), cible d'une vaste enquête depuis la mort d'un détenu dans un commissariat des suites d'un viol commis par des policiers.

«Le Comité d'enquête continue de travailler pour établir d'autres crimes commis par les policiers de Kazan. Au cours des dernières 24 heures, 28 plaintes de citoyens ont été enregistrées concernant des actes illégaux commis par la police de Kazan», indique un communiqué du Comité.

Le Comité d'enquête de Russie, organe indépendant de la police et du parquet qui est en charge des principales investigations criminelles, a par ailleurs indiqué que deux policiers du commissariat Dalny de Kazan avaient été placés en détention pour «avoir usé de la force en octobre 2011 contre Oskar Krylov».

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