Neuchâtel: «La police m'a fait sortir pour faire avouer mon fils»
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Neuchâtel«La police m'a fait sortir pour faire avouer mon fils»

Un père s'indigne de la façon dont a été mené l'interrogatoire de son cadet, qui souffre d'un retard mental. L'adolescent a tout reconnu, avant d'être innocenté par le juge.

par
Caroline Gebhard

«S'il n'avait pas dit «oui» à la police, il n'y aurait pas eu de suite judiciaire...» Roger* est dégoûté. Son fils adolescent Mike* reste hanté par une sordide accusation d'actes d'ordre sexuels avec des enfants dont il a été la cible en 2013. Convoqué par la police, Mike est accusé d'avoir couché avec Gina*, une fille de 13 ans avec laquelle il a vécu un bref flirt, un an plus tôt. Le couple a trois ans d'écart, d'où la procédure. «Ils n'ont jamais eu de relations sexuelles, tonne Roger. C'est un garçon qui a un retard dans son évolution. Il n'a même pas compris de quoi on lui parlait...»

Le hic, c'est que Mike reconnaît les faits face aux inspecteurs. Juste après que son père a quitté la salle d'audition. Roger en est convaincu: «Ils l'ont fait avouer en me faisant sortir!» Le PV d'audition retient, lui, que c'est le papa qui a demandé s'il devait partir pour permettre à son fils de s'exprimer librement.

Un mois plus tard, Gina admet qu'elle n'a jamais couché avec Mike. Le juge classe l'affaire. Il note que le PV de l'audition «n'est pas convaincant» à cause du retard mental de Mike. Cela «ne lui permet pas d'exprimer un désaccord face à un interrogateur persuasif. Le résultat d'un tel interrogatoire aboutira forcément à des aveux, que le prévenu ait été coupable ou non.»

Le mal est fait. Roger reste sûr qu'on a abusé de la fragilité de son fils.

*Prénoms d'emprunt

Facture à la charge du faux accusé

La défense de Mike a coûté 2400 fr. Bien qu'il ait bénéficie de l'assistance judiciaire, qu'il ne devra sans doute jamais rembourser il gagne 150 fr. par mois en atelier protégé, son père s'indigne: «Il a une ardoise sur le dos, alors qu'il n'a rien demandé! Si un jour il touche un héritage, par exemple, il pourrait passer à la caisse!» De fait, Mike n'a touché aucune indemnité. Son avocat n'a rien demandé et le juge n'a pas statué sur la question. Quand Roger a réagi, il était trop tard: la décision était entrée en force. Il veut à présent lancer une procédure séparée.

Issue de la procédure jugée cohérente

Bâtonnier du canton de Neuchâtel, l'avocat Christophe Schwarb ne connaît pas les détails de cette affaire. Mais il relève que la question des auditions de personnes atteintes de troubles mentaux est compliquée. «Le système semble avoir relativement bien fonctionné, puisque le juge a rendu une ordonnance de classement, note-t-il. Il s'est bien rendu compte qu'il y avait un problème.» Le procureur général Pierre Aubert va dans le même sens: «Le résultat auquel tend la procédure pénale semble atteint. C'est normal qu'on n'ait pas une routine absolue avec des personnes déficientes mentalement, car c'est rare.»

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