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Crise au bahreïnLa police reprend le centre de Manama

Les forces de l'ordre ont pris le contrôle mercredi la place de la Perle à Manama, capitale du Bahreïn, après un assaut sanglant contre les opposants à la famille royale.

Des centaines de policiers à bord de chars, de transports de troupes et de bus, ont investi la place de La Perle après avoir dispersé les manifestants avec des gaz lacrymogènes. L'assaut des forces bahreïnies est intervenu après la proclamation de l'état d'urgence par le roi sunnite Hamad Ben Issa Al-Khalifa.

Selon des images de la télévision officielle, la police quadrillait la place. Des bulldozers ont dégagé le quartier financier, dont les accès avaient été barrés par des blocs de béton placés par les manifestants. Le contrôle du complexe hospitalier de Soulaymania, le plus grand de la capitale, aurait aussi échappé aux opposants.

«Nous avons trois morts et un grand nombre de blessés», a déclaré un député de l'opposition. Le chiffre d'une centaine de blessés a été articulé par un autre membre de l'opposition. «La situation est catastrophique. Les forces ont tiré à balles réelles», a ajouté un résistant du mouvement chiite Wefaq.

Le ministère de l'Intérieur de Bahreïn a de son côté indiqué que deux policiers avaient été tués mercredi, renversés par des véhicules de manifestants. Après un mois de contestation, quatre policiers ont perdu la vie et onze manifestants.

Couvre-feu décrété

Après l'assaut, les rues de Manama étaient presque désertes et les magasins fermés. L'accès à plusieurs hôpitaux de la ville a été coupé. Les ponts reliant l'aéroport de Bahreïn à l'île principale ont également été bloqués, selon une habitante de la capitale.

Les autorités bahreïnies ont décrété un couvre-feu de 16h00 à 04h00 dans le secteur de la place. Elles ont interdit les marches et rassemblements dans l'ensemble du petit archipel peuplé en majorité de chiites et gouverné par une dynastie sunnite.

De jeunes activistes ont tout de même appelé mercredi à une marche dans une des banlieues ouest de Manama. Des protestations auraient également eu pour cadre des localités et des villages chiites.

Solidarité chiite

Le chef du mouvement d'opposition chiite Wefaq, cheikh Ali Salmane, a dénoncé l'assaut sur la télévision Al-Jazira. Il a affirmé que «la solution ne viendra pas des canons». Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, d'obédience chiite, a pour sa part qualifié la répression à Bahreïn d'»injustifiable et irréparable».

Le guide spirituel de la communauté chiite, le Grand Ayatollah Ali Sistani, qui s'exprime généralement peu sur la politique, a appelé mercredi depuis l'Irak les autorités bahreïnies à cesser les violences actuelles contre des manifestants chiites «désarmés».

Les rues en Irak ont été mercredi le théâtre de manifestations de soutien aux protestataires, quelques heures après l'assaut de la place de la Perle. A l'appel du jeune chef chiite radical Moqtada Sadr, deux mille personnes ont manifesté dans son bastion de Sadr City, à Bagdad.

David Cameron inquiet

Plusieurs personnalités chiites dénoncent depuis le début de cette semaine l'envoi, par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, de forces de sécurité pour épauler les forces bahreïnies.

L'actuelle montée de violences inquiète le Premier ministre britannique David Cameron. Il s'est entretenu mardi au téléphone avec le roi du Bahreïn pour l'encourager «au dialogue» et répondre aux manifestants «par des réformes», «pas par la répression».

La France a «déploré» l'assaut de mercredi. Le dialogue «constitue la meilleure voie pour restaurer la confiance et répondre aux attentes qui se sont exprimées», a déclaré mercredi le porte- parole du ministère des Affaires étrangères français, Bertrand Valero. (ats)

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