Actualisé 02.06.2013 à 17:51

TurquieLa police tire des gaz lacrymogènes à Ankara

La police a tiré dimanche après-midi des gaz lacrymogènes pour disperser un groupe d'un millier de manifestants à Ankara.

Les forces de l'ordre sont intervenues alors que les protestataires se dirigeaient vers les bureaux du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, selon NTV. La police d'Ankara a dispersé par des jets de grenades lacrymogènes et des canons à eau une foule de plusieurs milliers de personnes chantant des slogans hostiles au chef du gouvernement. Ces échauffourées ont fait 56 blessés parmi les forces de l'ordre et plusieurs protestataires ont été interpellés.

Le syndicat des médecins d'Ankara a indiqué que 414 civils avaient été blessés samedi dans les incidents survenus dans la capitale, dont six souffrent de traumatismes crâniens graves.

Manifestants prêts à défier le gouvernement

Des milliers de manifestants ont occupé dimanche la place Taksim d'Istanbul, désertée par la police après deux jours d'affrontements suscités par un projet d'aménagement urbain .

Ils étaient déterminés à poursuivre leur confrontation avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Signes de défiance

Signe de la volonté des manifestants de défier M. Erdogan, des barricades restaient dressées dans toutes les rues d'Istanbul menant à la place Taksim. Celles-ci étaient composées de mobilier urbain, de voitures renversées ou même de bus municipaux.

Au pied de ces barricades recouvertes de slogans comme «hukumet istifa» (gouvernement démission), se pressait la foule des manifestants. De nombreuses bannières des partis communistes, socialistes ou de la cause kurde étaient brandies.

Si aucun incident n'a été signalé à Istanbul dans la journée, les forces de l'ordre sont une nouvelle fois intervenues dimanche après-midi à Ankara pour disperser, à grand renfort de gaz lacrymogène et de canons à eau, un millier de personnes qui voulaient marcher sur les bureaux de M. Erdogan.

Erdogan lâche du lest

Confronté à l'un des plus importants mouvements de contestation populaire depuis l'arrivée de son parti islamo-conservateur au pouvoir en 2002, M. Erdogan a été contraint de lâcher du lest samedi. Il a ordonné à la police de se retirer de Taksim et du petit parc Gezi, dont la destruction annoncée a lancé la révolte.

Immédiatement, des milliers de personnes ont envahi les lieux dans une immense clameur de victoire. Sur fond de chants et de feux d'artifice, la place est restée noire de monde pendant une bonne partie de la nuit, malgré la pluie.

«Actions extrêmes»

Quelques heures avant ce repli, M. Erdogan avait pourtant fermement assuré que son gouvernement maintiendrait le projet d'aménagement contesté de la place. La municipalité a prévu d'y reconstruire d'anciennes casernes ottomanes agrémentées d'un centre commercial et d'un centre culturel.

Le Premier ministre a cependant concédé que la police avait agi dans certains cas de façon «extrême». Il a ajouté qu'une enquête a été ordonnée par le ministère de l'Intérieur.

Répression critiquée

La violence de la répression a suscité un flot de critiques. A commencer par celles d'organisations de défense des droits de l'Homme turques et étrangères, qui ont fait état de plus d'un millier de blessés. Amnesty International a même évoqué la mort de deux personnes.

Ces chiffres n'ont pas été confirmés de source officielle. Le ministre de l'Intérieur Muammer Güler a cité samedi soir des chiffres nettement inférieurs, parlant de 79 blessés, 53 civils et 26 policiers, et 939 interpellations dans toute la Turquie.

Réactions à l'étranger

Des pays alliés occidentaux, comme les Etats-Unis et le Royaume Uni samedi, puis la France dimanche, ont eux aussi appelé le gouvernement turc à la retenue. Des centaines de personnes ont défilé samedi soir à New York pour exprimer leur soutien aux manifestants turcs.

Ennemi juré d'Ankara, le régime de Damas n'a pas manqué de dénoncer la politique du Premier ministre turc, qui se présente souvent en modèle démocratique pour les pays arabes. «Erdogan dirige son pays d'une façon terroriste et détruit la civilisation et les acquis du peuple turc», a lancé le ministre syrien de l'Information Omrane al-Zohbi. (ats)

Plus de 1700 personnes interpellée

La police turque a interpellé plus de 1700 personnes dans les manifestations contre le gouvernement du Premier ministre, et la plupart ont été remises en liberté, a annoncé dimanche le ministre de l'Intérieur, Muammer Güler.

Un total de 235 manifestations ont été recensées dans tout le pays depuis le 28 mai, a ajouté M. Güler, cité par l'agence de presse Anatolie.

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