Suisse: La première boutique de protections menstruelles est à Renens
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SuisseLa première boutique de protections menstruelles est à Renens

C’est grâce à un crowdfunding qu’Éléonore et Alexandra ont pu ouvrir un pop-up store qu’elles comptent pérenniser. La clientèle est au rendez-vous.

par
Margaux Habert

«Rien à voir avec cet univers, je travaillais dans la joaillerie, mais j’avais besoin de quelque chose qui ait plus de sens». Éléonore Arnaud s’est toujours intéressée à l’écologie. Et un jour, alors qu’elle cherche des culottes menstruelles sans succès dans les magasins ou en fouillant sur internet, avec des envois de colis qui génèrent trop de CO₂, l’évidence s’impose: il faut lancer une boutique, un lieu inclusif, avec des conseils sur des objets qu’on peut «voir en vrai».

Ce qu’elle fait avec son associée, Alexandra Wheeler. Les deux femmes, camarades de CrossFit, amies complémentaires, partagent les mêmes valeurs humaines et environnementales. Leur pop-up store, nommé Rañute (surnom qu’on donne aux règles) a ouvert le 1er décembre à Renens (VD) grâce au financement participatif. C’est un succès: l’objectif a été atteint à 215%.

Depuis l’ouverture, les client(e)s sont largement au rendez-vous. Au point que les stocks commencent déjà à manquer. «Tout le monde est ravi, et nous remercie d’avoir ouvert un tel espace, un lieu cosy, inclusif, accueillant et bienveillant», se réjouit Éléonore.

Dans les rayons, on trouve différents types d’articles: des culottes de règles, des cups, des protections lavables, des éponges à utiliser comme des tampons. Chez Rañute, on peut aussi acheter des livres, des tisanes qui font du bien, les produits pour la rééducation du périnée, de quoi laver sa cup, ou encore des déodorants. Éléonore rappelle qu’on n’a pas la même odeur corporelle durant la menstruation. «On a pensé la boutique comme un espace où chaque personne menstruée puisse se sentir bien et où tout le monde puisse trouver ce qu’il lui faut parce que personne n’est constitué de la même manière.»

Briser les tabous

Leurs projets ne se bornent pas à la vente. «On veut déconstruire la honte qui entoure ce moment tout à fait normal du mois où une personne menstruée saigne. On va lancer aussi des conférences, des ateliers… et même une partie artistique.» C’est dans leur showroom lausannois, au Simplon, qu’Éléonore et Alexandra comptent donner vie à cet art menstruel. Entre autres: elles fourmillent d’idées. «Il y a tellement de choses à faire sur le sujet!»

Mais comment se défaire des tabous liés aux règles? «La simple existence d’un lieu qui leur est consacré est déjà un acte un peu militant en soi, aujourd’hui, non? Et les jeunes sont très badass! Les ados viennent à la boutique, parlent librement de leur flux, rien à voir avec mon époque. Je trouve ça cool!»

Culottes suspendues

Que pensent-elles des pays qui adoptent la gratuité des protections menstruelles? «C’est top, enfin! On ne devrait pas avoir à payer le simple fait d’être né(e) avec un corps menstrué», assène Éléonore. Car la précarité menstruelle existe, en Suisse aussi. «Pour venir en aide aux personnes qui n’ont pas les moyens de se payer ces produits, on va mettre en place les culottes suspendues». Comme les cafés suspendus, dans les établissements: les clients peuvent laisser quelques francs de plus pour qu’une personne dans le besoin puisse obtenir un café, ou en l’occurrence une protection menstruelle, gratuitement.

Les deux femmes vont aussi, une semaine par mois (comme pour les règles), baisser leurs marges, comme si la TVA passait de 7,7% à 2,5%, comme les autres produits de nécessité. Un coût, pour Éléonore et son associée: «C’est un message qu’on transmet. On a envie de changer un peu le monde… Si on a changé de carrière, ça n’est pas pour rien!»

Le pop-up est ouvert jusqu’en juin, mais les deux femmes se projettent déjà dans la suite de cette aventure. Elles souhaitent ouvrir une boutique fixe à Lausanne, lancer d’autres pop-up stores à travers la Suisse, et pensent déjà à la France. «Il y a tellement de choses à faire, on se régale!» sourit Éléonore.

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