Actualisé 14.03.2009 à 12:33

Assouplissement du Secret bancaireLa presse favorable mais inquiète

La presse helvétique voit dans l'assouplissement du secret bancaire une décision historique et mesurée qui permettra à la Suisse d'éviter la liste noire. Mais elle se demande si cela suffira et invite les autorités à prendre l'initiative en exigeant des contreparties.

Selon «Le Quotidien jurassien», «le pas franchi par la Berne fédérale est historique». Mais il se demande «si le geste suffira». Il estime qu'en lâchant du lest «la Suisse ne peut ignorer qu'elle s'expose à d'autres pressions et d'autres reculs».

La «Tribune de Genève» estime qu'il y a «fort à parier» que Berne évitera la liste noire de l'OCDE. Mais elle aussi se demande si «les assauts contre la Suisse prendront fin pour autant?» Parce que les Etats voisins «se sont trouvé un ennemi extérieur, responsable de tous leurs maux».

«Basculement historique»

Pour «Le Temps», il s'agit d'un «basculement historique» qui «touche à la fois la prospérité de la place financière, l'équilibre économique du pays, la conscience qu'il a de lui-même et son rapport au monde».

Et «La Liberté» de renchérir: «Quelle accélération de l'histoire! Les dogmes intangibles d'hier, les positions 'non négociables', les certitudes au parfum d'éternité, rien ne résiste à la tempête financière.»

«Une forme de gouvernance mondiale s'installe, qui a soudainement la puissance d'un bulldozer. Si elle rimait avec un supplément de morale, en Suisse et ailleurs, elle serait à saluer», conclut le quotidien fribourgeois.

Désormais, «la Suisse et ses alliés peuvent à bon droit exiger de leurs contempteurs qu'ils révisent leurs propres législations», estime «Le Temps».

«Mettre le turbo»

«24heures» considère que «l'heure est venue de passer à l'offensive», mais sous une autre perspective. Le législateur ne doit pas «se tromper de combat». Il doit «doter la place financière suisse d'éléments concurrentiels pour qu'elle puisse rivaliser à armes égales avec tous ceux qui rêvent de lui ravir sa place.»

Même son de cloche dans «Le Nouvelliste»: «Maintenant que la décision de principe est prise, Berne a intérêt à mettre le turbo. C'est la meilleure façon de défendre la place financière suisse et de faire respecter la souveraineté helvétique.»

Car «si toutes les places financières se mettent au même régime, les banques suisses n'auront rien à redouter de cette révolution de Palais, à l'exception de l'UBS qui s'est mise elle-même la corde au cou avec ses agissements douteux aux Etats-Unis», écrit le journal valaisan.

«L'Impartial» et «L'Express» soulignent la volonté soudaine des grandes puissances de lutter contre les soustractions fiscales. «Cette belle harmonie tient surtout à une crise mondiale (...) qui pulvérise les équilibres budgétaires des Etats.»

Contrepartie

«Jouer en solo (...) 'l'air de la dure mais saine concurrence fiscale'» n'étant plus du tout de mode, le Conseil fédéral a compris que «l'heure n'était plus aux incantations juridiques mais à la rudesse comptable», ajoutent les quotidiens neuchâtelois.

«Une nouvelle ère a débuté», note également le quotidien bernois «Bund». L'important pilier de la place financière suisse remontant à des décennies est tombé en un rien de temps».

Tout comme la presse romande, la «NZZ Online» écrit que le Conseil fédéral «ne doit pas relativiser le secret bancaire sans contrepartie». Elle estime que la Suisse doit négocier «en commun» avec d'autres Etats sous pression. Parce que, «si Singapour fait des concessions inutiles, celles-ci deviennent tôt ou tard le standard sur lequel la Suisse doit s'aligner».

Le «Tages-Anzeiger» juge lui qu'»en tant que petit pays, la Suisse doit s'appuyer sur des règles et accords internationaux sans quoi les grands Etats peuvent s'imposer sans scrupules». «En adoptant les règles de l'OCDE elle ne se plie pas aux ordres d'une grande puissance mais reconnait des valeurs définies globalement».

La «Neue Luzerner Zeitung» plaide, elle, en faveur d'»engagements plus vigoureux sur le plan diplomatique». «La violente crise économique révèle le manque de considération à l'intérieur de l'Europe envers les petits pays. Une adhésion à l'Union Européenne n'apporterait rien à cet égard». (ats)

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