Revue de presse – La presse inquiète après le refus de l’aide aux médias
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Revue de presseLa presse inquiète après le refus de l’aide aux médias

La plupart des quotidiens romands ont consacré leur édito au refus par le peuple, dimanche, du paquet de mesures en faveur des médias. Ils appellent les autorités à revenir à la charge via un paquet mieux ficelé.

par
Christine Talos
Si les millionnaires délaissent l’activité journalistique, qui les remplacera pour imprimer vos journaux? se demande un quotidien.

Si les millionnaires délaissent l’activité journalistique, qui les remplacera pour imprimer vos journaux? se demande un quotidien.

Tamedia AG

Après le rejet à 54,6% de l’aide aux médias par le peuple dimanche, de nombreux journaux relèvent ce lundi que l’avenir s’annonce sombre pour la presse. «Les médias font grise mine», «Presse qui roule n’amasse plus mousse», «les médias dans la tourmente», «le journalisme en danger», titrent ainsi les quotidiens romands ce matin en tentant d’expliquer les raisons de ce refus populaire.

À l’image du «Quotidien Jurassien» qui estime que «trop chargé, le bateau a sombré». Pour lui, les Chambres auraient été mieux inspirées de renoncer à embarquer les grands éditeurs du pays. Sans ces passagers de première classe, il est fort probable que le navire d’aides fédérales aux médias serait arrivé à bon port, estime le journal. Et de pointer notamment que le «nein» est venu de Suisse alémanique, où sont présents les grands éditeurs du pays et où «le poids de l’UDC, la manière de concevoir l’aide de l’État et l’environnement médiatique différent de celui de la Suisse romande».

«La nécessité de soutenir une information de qualité a été balayée du côté alémanique par des arguments populistes. Cette stratégie a payé, privant des rédactions en difficulté du financement qu’elles espéraient», écrit lui aussi ArcInfo.

La machine de guerre de l’UDC

Le Courrier s’en prend de son côté vivement à l’UDC. «La machine de guerre de l’UDC a une nouvelle fois montré sa redoutable efficacité. Pas question de verser de l’argent aux gros éditeurs, a claironné la formation d’extrême droite. Et tant pis si c’était une fake news, le gros des 150 millions devant aller aux petits éditeurs, estime le journal de gauche. La profession, qui a rejeté pendant longtemps l’idée d’une aide directe aux médias, porte aussi une part de responsabilité, estime-t-il. «Ce n’est que depuis quelques années, sous les coups de boutoir des géants d’internet qui siphonnent la publicité et le contenu des journaux, que la croyance aveugle aux bienfaits des lois du marché a cédé la place à une vision moins dogmatique. Trop tard sans doute», estime-t-il.

Plusieurs médias reviennent aussi sur le «Röstigraben» à l’image du «Nouvelliste», seul canton romand où l’aide aux médias a été refusée, ceci en raison du rejet de la loi par la partie germanophone du canton. «Difficile d’expliquer ce résultat en demi-teinte», constate le quotidien valaisan. «Si les autres Romands ont offert dimanche une vraie preuve d’amour à leurs médias en défiant les Alémaniques plus froids sur le sujet, le Valais romand nous donne au mieux une marque d’affection», souligne-t-il.

Acteurs de la branche en péril

Et maintenant que faire? réfléchissent encore les journaux. Car ce refus d’aider les journaux place ces derniers dans une situation délicate, relève «La Liberté». «Confrontés à une baisse drastique des revenus publicitaires, ils devront notamment mener leur transition numérique sans les moyens que le paquet de mesures leur aurait garantis. Cette situation pourrait mettre en péril certains acteurs de la branche», estime le quotidien fribourgeois.

Le quotidien «24 heures» abonde: «En pleine explosion du prix du papier, il faudra faire sans de nouvelles ressources pour distribuer à prix correct - qui fait partie du mandat de service universel de La Poste - ce bon vieux journal dans les boîtes aux lettres en plaine comme en montagne, en ville comme en campagne».

Eviter la «trumpisation» de l’info

Pour d’autres journaux, il faudra revoir la forme du paquet qui sera proposé pour soutenir les médias. À l’image du «Temps»: «Une nouvelle fois, les Suisses ont démontré qu’ils détestaient les paquets électoraux. Le Conseil fédéral et les parlementaires doivent enfin l’entendre. Tout comme ils seraient bien inspirés d’être davantage à l’écoute pour éviter que le décalage ne se creuse entre la population et les élus», estime-t-il. Et de rappeler au passage que le Conseil fédéral et le Parlement ont perdu sur trois des quatre objets soumis au peuple dimanche. «Ces résultats prouvent que le fossé se creuse entre les préoccupations de la population et celles de la majorité des dirigeants», estime le journal.

ArcInfo rappelle de son côté que la prochaine initiative de l’UDC pour réduire de moitié les redevances radio et TV dessine clairement un projet global: profiter de la crise actuelle pour affaiblir les médias professionnels non partisans. «S’il se concrétise, dans dix ans, les titres actuels pourraient être supplantés par des publications orientées, sans nuances, au service de tel ou tel courant politique ou financier. Il faut à tout prix éviter une telle ‘trumpisation’ de l’information».

Le mot de la fin revient au «Nouvelliste»: «L’information a un coût. Le modèle industriel qui l’entoure aussi. On a beau avoir du mal à plaindre des millionnaires durant les derniers mois et leur refuser un chèque dimanche, s’ils délaissent notre activité, qui les remplacera pour imprimer vos journaux et faire tourner les rédactions?» interroge-t-il.

Presse alémanique contrastée

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