Sortie du nucléaire: La presse salue une décision «historique»

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Sortie du nucléaireLa presse salue une décision «historique»

La presse romande est unanime jeudi face à la décision du Conseil fédéral de renoncer au nucléaire d'ici 2034, qu'elle qualifie de tournant «historique».

Les éditorialistes saluent une position «courageuse» de la Suisse, tout en demandant que Berne clarifie au plus vite sa stratégie énergétique de substitution.

«Nous entrons dans l'après-Fukushima. Le virage est historique et négocié rapidement. (...) La catastrophe japonaise a tout changé, y compris dans l'esprit de beaucoup qui pensaient que le renouvellement partiel du parc nucléaire était un mal nécessaire pour éviter un accroissement irresponsable des émissions de gaz à effets de serre», analyse «Le Temps», après l'annonce des autorités fédérales la veille.

Une décision historique, convient «24 heures», «qui fait de la Suisse un des premiers pays au monde à opter pour un avenir sans atome». Une telle mesure n'était pas forcément attendue «d'un Conseil fédéral peu habitué aux coups d'éclat, de surcroît préparée et annoncée par une ministre de l'énergie qui n'avait jamais fait mystère de ses sympathies personnelles à l'égard du nucléaire», souligne le quotidien vaudois.

«Pour un pays aussi frileux, c'est une forme de révolution», salue de son côté «Le Matin». «Après Fukushima il ne pouvait pas en être autrement. La pression populaire rendait cet abandon inéluctable», estime le journal, qui se demande si le fait que le Conseil fédéral soit majoritairement féminin n'a pas pesé dans la balance, les femmes étant, selon les sondages, réticentes à cette forme d'énergie.

Plus critique, «Le Quotidien jurassien», considère que la décision du Conseil fédéral «relève du courage tout helvétique de l'escargot, dont les choix ne doivent pas nuire au confort de sa coquille: d'accord pour prendre le virage qui s'impose mais sans oser la témérité de s'engager cornes vaillantes et tête baissée sur un chemin obscur.»

«Une stratégie énergétique globale, audacieuse et concertée entre la Confédération et les Cantons - voire au plan européen, doit maintenant être lancée, au trot!», préconise «Le Quotidien Jurassien».

Encore trop flou

Les éditorialistes dans leur ensemble souhaitent du reste que le nouveau plan énergétique de Doris Leuthard, présenté au stade de l'ébauche mercredi à Berne, gagne rapidement en clarté. «Quelle place y trouveront les énergies renouvelables et les centrales à gaz? Quelle part les pouvoirs public prendront-ils à cette reconversion énergétique? Et avec quel argent? se demande «24 heures».

«39% de la production électrique en Suisse provient des cinq centrales nucléaires (Beznau I et II, Mühleberg, Gösgen et Leibstadt). Ce n'est pas rien. Il va bien falloir trouver des alternatives pour compenser ces 26 milliards de kWh de courant», relève «Le Matin».

«Opérer le passage plus vite que d'autres constitue une chance de reconquérir le terrain perdu dans les nouvelles technologies. Il reste à vérifier si le Parlement est disposé à suivre le Conseil fédéral sur cette voie», soulignent pour leur part dans un éditorial commun «La Liberté», «L'Express», «L'Impartial» et «le Nouvelliste».

S'il juge le programme de la ministre de l'énergie «cohérent», «Le Temps» rappelle lui aussi que Doris Leuthard doit désormais gagner la confiance du Parlement: «Non pas le 8 juin prochain mais dans les mois qui suivront les élections fédérales, ce temps politique long où les logiques partisanes défont si souvent les promesses».

Les Alémaniques plus nuancés

Du côté des journaux alémaniques, la décision de sortir du nucléaire est perçue avant tout comme de la «realpolitik», justifiée ou hâtive, c'est selon.

Le «Tages-Anzeiger» salue notamment le fait que les autorités suisses aient compris que l'énergie nucléaire n'est plus un argument politique, et donc «plus une option». Le quotidien zurichois estime que «les milieux économiques font preuve d'alarmisme en avertissant que la sécurité de l'approvisionnement est désormais en danger».

A contrario, la «Neue Zürcher Zeitung» lamente que le Conseil fédéral se contente de suivre la position des partis: «Dans le camp bourgeois, il n'y a plus de volonté de défendre le nucléaire. (...) On ne veut plus prendre du temps pour un débat ouvert et objectif sur les risques et les dangers potentiels. C'est regrettable car la sortie du nucléaire a un prix».

(ats)

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