Scandales en Indonésie: La prison n'est pas forcément un enfer
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Scandales en IndonésieLa prison n'est pas forcément un enfer

La corruption permet à certains détenus de bénéficier de cellules luxueuses ou même de sortir se divertir. Dernier cas en date: une détenue s'est faite remplacer en prison par une personne qu'elle avait payée.

On peut se permettre bien des choses, dans une prison indonésienne!

On peut se permettre bien des choses, dans une prison indonésienne!

Se faire remplacer par un faux détenu, partir en week-end ou s'offrir une cellule «cinq étoiles»: tout est possible ou presque dans les prisons indonésiennes, pour autant qu'on en ait les moyens financiers.Les appels à réformer de fond en comble le système pénitentiaire, considéré comme l'une des institutions les plus corrompues du pays, ont de nouveau été lancés cette semaine à la suite d'une affaire rocambolesque.

Voulant éviter de croupir 7 mois en prison, Kasiem, une femme d'affaires de 55 ans, a versé 10 millions de roupies (un peu plus de 1000 fr.) à une veuve de 50 ans, Karni, pour qu'elle la remplace derrière les barreaux. Les deux femmes ont échangé leur place le 27 décembre lors du transfert entre le palais de justice et la prison.

Mais, trois jours plus tard, la supercherie était mise à jour lorsqu'une voisine de Kasiem lui a rendu visite en prison et s'est retrouvée face à une inconnue au parloir.

Embarrassées, les autorités ont annoncé le lancement d'une enquête interne tandis que Kasiem, condamnée dans une affaire de corruption, est retournée dans sa cellule.

Fonctionnaires complices

Ce n'est sans doute pas la première fois qu'un innocent se fait payer pour se substituer à un coupable avec la complicité «probable» de fonctionnaires, selont la directrice de la Fondation indonésienne d'Aide judiciaire. Pour les associations de la société civile, rien ne changera sans une lutte déterminée contre la corruption rampante dans les prisons, où «tout est négociable» entre détenus et gardiens, de la qualité de la nourriture au transfert de cellule.

Les plus influents peuvent même aller et venir, comme l'a récemment prouvé l'affaire Gayus Tambunan, qui a fait les choux gras de la presse. Ce fonctionnaire des services fiscaux a été pris en photo au tournoi international de tennis de Bali alors qu'il était sensé être écroué dans le cadre d'une retentissante affaire de trafic d'influence. Il a ensuite justifié ses sorties de prison par la nécessité de lutter «contre le stress» de la détention.

L'enquête a mis en cause neuf policiers et gardiens, soupçonnés d'avoir reçu entre 660 et 6600 francs chacun de la part de Gayus.

«Baignoire, canapé et écran plat»

Quelques mois plus tôt, le président de la République, Susilo Bambang Yudhoyono, avait dû exprimer ses «profonds regrets» après le tollé provoqué par la publication de photos dévoilant le luxe dans lequel vivait une femme d'affaires influente, Artalyta Suryani, détenue pour cinq ans près de Jakarta.

Avec canapé, écran plat, salle de karaoké et baignoire, sa large cellule était devenue un lieu confortable où elle recevait à sa guise famille, invités et masseuse.

De tels scandales ne sont pas nouveaux. Mais leur dénonciation témoigne de la mobilisation accrue de la société civile et des médias qui, douze ans après l'avènement de la démocratie, traquent quotidiennement les abus de la «mafia judiciaire», selon l'expression employée par le président Yudhoyono. (afp)

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