Valais: La proc' requiert 16 ans de taule pour le père assassin
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ValaisLa proc' requiert 16 ans de taule pour le père assassin

Ce père dépressif avait annoncé le crime de son enfant âgé alors de 7 ans, en 2012, pour «punir» sa femme.

par
Christian Humbert
La mère de la petite victime était entourée de sa famille lors du procès en Valais jeudi.

La mère de la petite victime était entourée de sa famille lors du procès en Valais jeudi.

photo: Kein Anbieter/CHU

La procureur haut valaisanne Fabienne Jelk a requis une peine ferme de 16 ans pour assassinat jeudi après-midi à Loèche-ville (VS). M., 48 ans, sans émotion, n'a pas réagi. Il conteste avoir étranglé sa fille dans son appartement le 2 juin 2012. Il a fourni des explications qui ont fait gronder la foule, compacte, au Château de Loèche. Son avocat, le conseiller aux États Beat Rieder, a demandé en vain à ce que le public soit évacué. Il plaidera, comme le soutient son client, ex-cadre bancaire, qu'il ne s'agissait que d'un jeu qui a mal tourné. Les marques au cou de sa fille de 7 ans et le sang sur les draps ont servi à l'accusation pour soutenir l'assassinat pour se venger de sa femme qui allait le quitter.

Séjour en clinique

Plus de 24 heures avec le cadavre de sa fille de 7 ans, étranglée puis étouffée le 2 juin 2012 sur le lit d'un appartement de Loèche-les-Bains. Le crime de M. aurait pu être évité. Dépressif, perturbé après avoir appris que sa femme avait rencontré un autre homme, cet employé de banque au chômage avait envoyé plusieurs messages à des amies dès le début du mois de mai 2012. Des alertes indirectes à sa femme, mais explicites, d'un homme qui vient de sortir d'une clinique après un séjour de trois semaines pour des problèmes: «Je vais lui faire payer différemment.» «Je veux qu'elle souffre encore plus.» «La guerre commence.» «Je lui réserve une surprise pour la semaine prochaine.» Ses avertissements n'ont pas suffi.

Tout avait commencé comme une classique histoire d'amour. Le Franco-Algérien rencontre une Jurassienne en 1989. Ils se marient en 2003, construisent une maison à Founex (VD) l'année suivante. Une fille naît en février 2005. Puis la femme se dit malheureuse. Thérapie de couple en janvier 2012, puis une «méditation tantrique» en mai suivant. Le résultat est catastrophique: l'épouse insatisfaite rencontre un autre homme.

La rupture est consommée. M. en est averti par une lettre d'avocat, dix jours avant le crime: sa femme veut divorcer. Elle accepte la demande de son mari de passer un week-end à Loèche-les-Bains dans le petit appartement que la famille y possède.

M. et sa fille quittent Founex le 2 juin. Ils passent l'après-midi aux bains de la station valaisanne. C'est durant la nuit qu'il étrangle l'écolière avant de presser un coussin sur son visage. Elle décède sur le lit double de la chambre familiale où elle sera retrouvée par la police plus de 24 heures après le drame, le 4 juin 2013 vers 1h30. Les agents ont été avertis par la mère, étonnée de ne pas voir rentrer son enfant le dimanche soir 3 juin comme prévu.

«Tu vas souffrir autant que je souffre»

M. a tout préparé: son alliance est posée sur l'enveloppe d'un courrier adressé à sa femme. La lettre est accusatrice: «Tout ce qui arrive est de ta faute. Tu ne te rends pas compte à quel point je souffre depuis que tu as pété les plombs. Tu vas souffrir autant que je souffre.»

Pour la procureure haut-valaisanne Fabienne Jelk, c'est la preuve que le prévenu d'assassinat a agi avec conscience et volonté. «Son mobile était odieux. Il a agi avec une absence particulière de scrupules. Le meurtre de sa fille servait uniquement à faire grand tort à son épouse, car elle avait une relation et voulait le quitter. Il ne voulait pas que leur fille soit élevée par un autre et voulait voir sa femme souffrir. Il a fait de sa fille l'objet de sa frustration et de sa colère.»

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