Prof de judo jugé à Genève: La procureur évoque un «lavage de cerveau»
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Prof de judo jugé à GenèveLa procureur évoque un «lavage de cerveau»

La procureure a requis jeudi trois ans de prison dont un ferme contre le coach jugé pour des abus contre une élève mineure.

par
Julien Culet
L'ancien entraîneur de judo comparait libre à son procès.

L'ancien entraîneur de judo comparait libre à son procès.

Keystone/Salvatore di Nolfi

«C'était un prédateur. Il a mis en place tout un système pendant trois ans», estime la procureure Rita Sethi-Karam, parlant d'un «lavage de cerveau» effectué contre la victime. Au second jour du procès d'un entraîneur de judo de Carouge (GE), la magistrate a requis trois ans de prison dont un an ferme et l'interdiction d'exercer avec des mineurs contre le prévenu âgé de 52 ans. Celui-ci est notamment jugé pour contrainte sexuelle et viol, qu'il aurait perpétré sur son élève alors âgée entre 12 et 15 ans.

Pour la magistrate, l'adolescente a subi une pression psychique importante. «La contrainte était derrière chaque message, chaque rendez-vous et chaque photo demandées», a plaidé Rita Sethi-Karam. L'accusé a expliqué mercredi que les relations sexuelles étaient consenties. «Si on suppose qu'elle a donné son consentement, celui-ci était vicié. Il ne peut que l'être entre une ado de 14 ans et son coach sportif et mental», lui a opposé la représentante du Ministère public. Ainsi, pour la procureure, toutes les relations sexuelles pratiquées, soit entre 10 et 100 selon le témoignage retenu de la victime, sont des viols.

Victime qui «ment»

La défense s'est elle employée à démonter la crédibilité de l'adolescente. Elle a relevé les nombreuses contradictions existantes dans le récit de la victime «sur des éléments centraux», en s'appuyant entre autres sur les 36'000 messages échangés. Ainsi, les déclarations de la jeune judokate sur le nombre d'actes sexuels, les dates ou encore les lieux ont pu changer au cours de la procédure. «Nous savons qu'elle ment», a lancé Me Valérie Pache Havel.

Pour l'avocate de l'accusé, cette relation était «illégale mais consentie». L'entraîneur n'aurait pas menacé la plaignante, notamment de ne pas la faire participer à des compétitions, car messages et actes sexuels ont continué après que la jeune fille a arrêté le judo. D'après Me Pache Havel, si l'adolescente accuse son client de viols et d'attouchements, c'est parce qu'elle avait «peur, elle avait honte. Quand ça s'est su, elle ne pouvait pas dire qu'elle était d'accord avec cette relation». Reconnaissant l'accusation d'actes d'ordre sexuel avec des enfants contre son client, elle a demandé une peine compatible avec un sursis complet.

La victime décrit un homme à «deux faces»

«Il avait deux faces. Une que j'aimais, pour laquelle j'avais de l'admiration. Il avait une bonne partie en lui mais il était aussi un démon.» Jeudi matin, la victime a témoigné de la relation qu'elle avait avec son ancien entraîneur de judo. Elle nie avoir été en couple avec lui, comme celui-ci l'affirmait mercredi. La jeune femme qui a désormais 18 ans rapporte essayer de se reconstruire après les abus sexuels qu'elle aurait subis. «Je suis suivie, je suis beaucoup aidée par mes proches. Je tente d'apprendre à vivre avec ça mais une partie de moi est toujours cassée», témoigne-t-elle.

La victime a également dû justifier les raisons de son silence et de ses nombreuses sorties avec le prévenu. «J'étais obligée, sinon ça détruirait ma passion pour le judo, a-t-elle expliqué. C'était le meilleur entraîneur de Genève. Je savais que ça mettrait un terme à tout ça, que ma carrière prendrait fin.» L'adolescente rêvait de devenir professionnelle, de Jeux Olympiques. Elle a tout arrêté, incapable de reprendre le sport qu'elle pratiquait six fois par semaine, quand ses parents ont découvert les faits.

«Comme un coup de poing»

Sa mère a été aussi entendue par les juges jeudi. «Quand je l'avais sous les yeux, je ne pouvais pas imaginer qu'il pouvait se passer ces choses-là», a-t-elle témoigné. La maman a ressenti comme «un coup de poing dans la figure, de découvrir que votre enfant a subi des attouchements par quelqu'un en qui vous avez une confiance absolue». C'est parce que l'ado alors âgée de 15 ans criait au téléphone contre l'accusé que la mère de famille a confisqué son smartphone et a eu connaissances des messages échangés.

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