La prostitution à l'heure de la haute technologie
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La prostitution à l'heure de la haute technologie

Elle a beau être le plus vieux métier du monde, la prostitution n'en surfe pas moins sur la vague technologique.

Le scandale impliquant le gouverneur de l'Etat de New York, Eliot Spitzer, dont les fréquentes relations avec une escorte de luxe ont été révélées par le «New York Times» cette semaine, fait au passage la lumière sur les outils mis à profit par les réseaux de prostitution d'aujourd'hui: SMS, transferts de fonds électroniques, ou encore sites Web où les travailleuses du sexe peuvent vanter leurs services -et les clients en faire la critique.

Distinction a toujours été faite entre le trottoir et les cercles fermés. Mais les avancées technologiques ont encore accentué la différence entre les deux pratiques, selon Ronald Weitzer, auteur de «Sex for Sale: Prostitution, Pornography and the Sex Industry». L'entreprise gagne en efficacité, mais a également trouvé de nouveaux moyens de faire la publicité de ses services et d'instaurer un lien de solidarité avec les clients dans le cadre de forums Internet permettant de communiquer à distance.

«C'est commercial, mais également social, donc les gens lient vraiment des relations», explique Audacia Ray, ancienne prostituée et auteur d'un ouvrage sur la prostitution et Internet. «Les clients deviennent des potes.»

De très nombreux forums sur Internet permettent également aux clients, habitués ou potentiels, de débattre de la qualité et des prix des prestations. Exemple sur www.bigdoggie.com: une prostituée a visiblement été appréciée -«intelligente, drôle, enthousiaste, belle, corps irréprochable, elle adore ce qu'elle fait» - alors qu'une autre écope d'une mauvaise note pour sa désinvolture - «ne répondait pas aux appels ou aux courriels. Irresponsable».

Ces forums constituent évidemment un support de premier choix pour la publicité, avec des liens vers les sites personnels des prostituées ou des escortes, une technique très utilisée, selon Audacia Ray.

Question règlement, tout est également plus simple, comme l'explique Norma Jean Almodovar, directrice générale de l'organisation américaine de défense des droits des travailleurs du sexe COYOTE: «il est souvent pratique d'avoir un compte établi avec un solde, afin de ne pas avoir à se soucier de mettre de l'argent sur le compte si vous avez une envie de dernière minute.»

Justement, l'«Emperors Club VIP», le réseau haut de gamme dans lequel serait impliqué Eliot Spitzer, est tombé lorsque des banques ont fait part aux autorités de transferts fréquents, a déclaré un agent des services fiscaux américains (IRS) à l'Associated Press.

Selon les documents juridiques liés à l'enquête, les rendez-vous de M. Spitzer étaient pris par SMS. La prostituée qu'il rencontrait était même tenue d'envoyer un message à ses employeurs lorsque le gouverneur arrivait, pour que son temps soit méticuleusement comptabilisé...

Si la technologie fournit aux réseaux de prostitution des nouveaux outils de gestion, elle leur permet parfois aussi d'échapper aux autorités. Selon Jimmie Mesis, rédacteur en chef du «Professional Investigator Magazine», certaines escortes de luxe sont susceptibles de porter des équipements de détection de micros ou de caméras. (ap)

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