Chez les crabes violonistes: La prostitution est une question de survie
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Chez les crabes violonistesLa prostitution est une question de survie

Dans le monde des crabes violonistes, il semble que la meilleure des protections soit... la prostitution, selon une étude de chercheurs australiens.

Ces derniers ont en effet découvert que les mâles sont particulièrement motivés lorsqu'il s'agit de repousser un intrus rôdant un peu trop près d'une femelle car ils savent qu'ils en tireront en retour une gratification sexuelle.

«Le fait que le voisin vienne et aide à défendre le territoire d'un autre individu est assez inhabituel», a expliqué Michael Jennions, un des auteurs de l'étude, dont les résultats ont été publiés dans la revue «Biology Letters».

«Cette étude montre, pour la première fois, qu'en échange de sexe et d'autres avantages, les mâles protègent leurs voisines femelles d'intrus mâles approchant leur territoire. L'étude apporte la première preuve de 'coalitions de défense' entre mâles et femelles par rapport à un territoire», a-t-il précisé.

Au large du Mozambique

Michael Jennions et d'autres chercheurs de l'Université nationale d'Australie (ANU) à Canberra ont étudié le comportement de crabes violonistes vivant dans des marécages au large du Mozambique, en octobre et novembre 2008. Les mâles ont une pince démesurée pour se défendre, mais les chercheurs voulaient voir comment les crabes femelles -qui n'ont que deux petites pinces leur servant à se nourrir- protègent leurs habitations.

Les crabes violonistes sont attachés à un territoire et vivent dans des terriers. Les chercheurs ont rassemblé des crabes provenant de différentes parties des marécages et les ont implantés près de terriers déjà occupés. Les chercheurs ont remarqué que les crabes mâles y vivant se précipitaient pour repousser les intrus mâles du territoire d'une voisine femelle dans 95% des cas. En revanche, quand il s'agissait d'intruses femelles, les crabes mâles ne repoussaient ces intruses que dans 15% des cas.

Cela semble montrer que les crabes mâles veulent garder les femelles à proximité, en grande partie parce qu'elles vont presque toujours avoir des relations sexuelles avec leurs voisins mâles, selon Michael Jennions.

Femelles sélectives

La plupart du temps, les femelles sont sélectives par rapport à leurs partenaires et choisissent de s'accoupler dans le terrier du mâle. Mais les chercheurs ont aussi découvert que les femelles s'accouplent parfois à la surface, et 85% des fois avec un voisin. Selon les chercheurs, les crabes femelles auraient ces relations sexuelles en échange d'un avantage. Dans ce cas, l'avantage semblait être une protection, selon Michael Jennions.

Orpha Bellwood, maître de conférences en biologie marine et tropicale à l'Université James Cook de Townsville, s'est dit particulièrement intéressée par les motivations des crabes ayant des relations sexuelles à la surface, ce qui est inhabituel et les rend vulnérables aux prédateurs.

Elle se demande si c'est seulement la proximité des crabes avec leur propre habitation qui leur permet de se sentir assez en sécurité pour s'accoupler en plein air, ou si les femelles obtiennent une meilleure protection en faisant cela. «Cela pose beaucoup de questions», a-t-elle confié.

Selon Peter Davie, conservateur du musée Queensland à Brisbane, les mâles sont connus pour utiliser leurs pinces pour se protéger. «Mais cette façon d'englober les territoires des femelles dans le cadre de son territoire sexuel semble vraiment intéressant», a jugé M. Davie, qui a passé 30 ans à étudier les crabes.

Echanger du sexe contre des faveurs n'est pas un fait inédit dans le monde animal. Les manchots d'Adélie, dans l'Antarctique, échangent du sexe contre des pierres utilisées pour construire leurs nids.

Une autre raison pour laquelle les crabes mâles pourraient aider à repousser les intrus du terrier de leurs voisines est de garder quelqu'un de familier à proximité, selon Michael Jennions. Même pour les crabes, a-t-il dit, parfois, «mieux vaut le démon que vous connaissez que le démon que vous ne connaissez pas». (ap)

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