Actualisé 13.02.2009 à 17:12

Miep Gies

La protectrice de la famille d'Anne Frank fête ses 100 ans

Dans son Journal, Anne Frank les appelait les Protecteurs.

Quatre personnes qui, pendant les deux années que la jeune fille et sa famille passèrent dans la clandestinité en pleine Amsterdam sous occupation nazie, les approvisionnèrent et furent leurs seuls liens avec le monde extérieur. Dimanche, Miep Gies, la dernière Protectrice, fête ses 100 ans.

La vieille dame juge immérités les hommages qu'on lui a rendus pour avoir aidé les Frank, dont elle était l'employée. Comme si elle avait cherché à l'époque à sauver du nazisme tous les juifs des Pays-Bas occupés. «C'est très injuste. Tant d'autres gens ont fait pareil, voire un travail beaucoup plus dangereux», estimait-elle encore cette semaine dans un courriel à l'Associated Press.

Mais Miep Gies est la gardienne de la mémoire. Ce fut elle qui, après l'arrestation des Frank dans leur grenier dérobé en 1944, revint sur les lieux, rassemblant précieusement les écrits d'Anne Frank, les enfermant à double tour dans un tiroir, sans les lire, en attendant son retour.

La jeune fille ne revint jamais. Elle mourut du typhus à Bergen-Belsen avec sa soeur Margot, en mars 1945, sept mois après leur arrestation, deux semaines avant la libération du camp de concentration.

C'est à Otto Frank, le père d'Anne, seul survivant des huit personnes qui avaient vécu cachées dans l'Annexe de cet immeuble d'Amsterdam, que Miep Gies donnera les écrits de sa fille. Le «Journal d'Anne Frank», publié pour la première fois en 1947, deviendra le premier ouvrage grand public sur le génocide des juifs. Des dizaines de millions d'exemplaires en ont été vendus dans de nombreuses langues, le succès du vif et poignant témoignage de la talentueuse et réfléchie jeune fille ne se démentant jamais depuis.

A la veille d'un anniversaire qu'elle souhaite paisible, entourée de son fils et de ses trois petits-enfants, Miep Gies a pour sa part rendu hommage à tous ces «héros inconnus» qui aidèrent les juifs néerlandais pendant les cinq années d'occupation nazie. Et parmi eux, à son mari, Jan: «Il était dans la Résistance, ne disait rien mais faisait beaucoup. Pendant la guerre, il a toujours refusé de dire quoi que ce soit de ce qu'il faisait, à part que peut-être, une nuit, il ne reviendrait pas. Il y a eu des milliers de gens comme lui dont on n'a jamais entendu parler».

Sur les 140.000 juifs des Pays-Bas avant-guerre, environ 107.000 furent arrêtés et déportés. Seuls 5.200 ont survécu, selon la Croix-Rouge. Comme les Frank, environ 24.000 se cachèrent, et 8.000 furent retrouvés, ou dénoncés contre récompense.

Après la guerre, Miep Gies aida Otto Frank pour la publication du Journal d'Anne, et devint une célébrité, fêtée pour son courage.

Lorsqu'Otto mourut en 1980, elle continua la tâche, voyageant de par le monde, donnant des conférences et luttant inlassablement contre les révisionnistes affirmant que le «Journal d'Anne Frank» était un faux.

Veuve depuis 1993, Miep Gies a eu une attaque en 1997 et des problèmes d'élocution depuis. Mais sa santé est bonne dans l'ensemble, explique son fils, Paul. Une nouvelle édition de son livre de 1987, «Elle s'appelait Anne Frank», sort cette année.

Née en Autriche, Miep Gies était arrivée aux Pays-Bas à 13 ans, chassée par la misère, pour vivre dans une famille d'accueil. Elle fut embauchée comme secrétaire dans le commerce d'épices d'Otto Frank en 1933.

En juillet 1942, Otto Frank lui demandait, ainsi qu'à trois autres de ses employés, de l'aider à cacher sa famille dans l'annexe aménagée au-dessus de l'entrepôt de sa société, et de les approvisionner en vivres, livres, nouvelles et bruits du dehors. Les Frank, rejoints par une autre famille de quatre personnes, passèrent 25 mois dans leur cachette avant d'être trahis, arrêtés et déportés. A ce jour, personne n'a réussi à savoir qui les avait dénoncés à la Gestapo. AP

nc/v/st

(ap)

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