Suisse: La qualité des médias s'effiloche

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SuisseLa qualité des médias s'effiloche

La qualité des médias baisse et affaiblit le débat démocratique, selon une étude de l'Université de Zurich.

Manque de moyens financiers, émergence des gratuits et des informations en ligne concourent à une péjoration de l'offre médiatique en Suisse, selon une étude de l'Université de Zurich publiée vendredi. Cette mutation a aussi pour conséquence d'affaiblir le débat démocratique.

«Le bilan est pessimiste, très pessimiste même», observe Oswald Sigg, ancien porte-parole du Conseil fédéral et membre du Conseil de fondation «Öffentlichkeit und Gesellschaft» qui soutient l'étude. La culture de gratuité des médias en ligne et des journaux pour pendulaires a fait perdre conscience aux consommateurs que le journalisme professionnel à un prix. «On a dit dans le temps, ce qui ne coûte rien ne vaut pas grand-chose, je crois que c'est le cas...» a déploré Oswald Sigg à la Radio Suisse romande.

Cette tendance sape la qualité des médias d'information, favorise leur concentration, affaiblit le prestige professionnel des journalistes et augmente le mécontentement parmi ceux-ci, selon les premières Annales «Médias et Qualité - Suisse 2010» publiées vendredi. Les principaux journaux par abonnement perdent nettement du terrain, des lecteurs et des revenus. Dans le même temps, les gratuits progressent. Le public lit ainsi davantage de sujets «people» ou émotionnels au détriment des analyses et des dossiers politiques. Or c'est avec les médias que naît le débat public en démocratie. Il s'en trouve ainsi fortement affaibli.

Les auteurs de l'étude prennent comme exemple le traitement de l'initiative contre les minarets. L'attention des médias s'est focalisée sur des questions de forme, comme l'affiche des partisans de l'initiative, au détriment des questions de contenus.

La radio s'en tire mieux

Autre constat: la part croissante des nouvelles nationales et surtout régionales par rapport aux nouvelles internationales. Seule la radio échappe un peu à la critique à ce sujet. Elle propose encore des sujets pertinents sur l'étranger. Mais les auteurs observent aussi dans ce domaine un affaiblissement de la tradition journalistique suisse d'observation intensive des événements mondiaux.

Les nouveaux médias, journaux gratuits et sites de nouvelles, mais aussi les radios privées et de nombreux journaux par abonnement, réduisent le monde à des nouvelles d'agences. Le public ne prend plus connaissance du monde extérieur à la Suisse que comme une suite de crises, de guerres, de catastrophes et d'affaires scandaleuses. Dans l'orientation générale prise par la radiodiffusion privée, mais aussi par la presse régionale par abonnement, on a tendance à accorder une importance démesurée à l'émotionnel et au sport.

L'étude de qualité s'est effectuée à deux niveaux. Au premier niveau, elle a examiné la couverture médiatique de 137 médias en Suisse. Les titres les plus importants de la presse écrite, de la radio, de la télévision et des médias en ligne ont ensuite été soumis à une validation de la qualité du contenu. (ap)

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