Maladies à prions: La queue flexible est coupable

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Maladies à prionsLa queue flexible est coupable

La lutte contre les maladies de la vache folle ou de Creutzfeldt-Jacob pourrait bénéficier d'une découverte de scientifiques dirigés par un neuropathologue zurichois.

Selon ces chercheurs, seule la queue flexible des prions, une sorte de protéines, causerait la mort des cellules cérébrales.

On peut à présent partir de l'hypothèse que les médicaments, afin de combattre efficacement ces pathologies, devraient se composer des anticorps agissant uniquement contre la queue du prion, a indiqué mercredi l'Université de Zurich. Les anticorps qui opèrent contre le corps du prion pourraient en revanche se révéler mortels pour l'humain.

La protéine prion naturelle est inoffensive et se retrouve dans de nombreux organismes. Chez l'humain, elle est logée dans la membrane des cellules cérébrales. Bien que sa structure soit connue depuis 1996, et ce grâce aux travaux du Prix Nobel zurichois Kurt Wüthrich, on n'en sait pas encore beaucoup sur l'effet provoqué par chacune de ses parties.

Lorsqu'elle ces protéines se déforment et s'agglutinent, elles deviennent infectieuses et tuent les cellules cérébrales, causant des maladies cérébrales dévastatrices comme la vache folle ou Creutzfeldt-Jacob. Les chercheurs réunis autour d'Adriano Aguzzi, neuropathologue à l'Université et à l'Hôpital universitaire de Zurich, ont justement découvert de quelle façon elles tuent ces cellules.

Interrupteur

Première découverte, les prions possèdent une sorte d'«interrupteur» régulant leur toxicité et recouvrant une zone minuscule sur leur surface extérieure. Il suffit qu'une autre molécule, un anticorps par exemple, touche cet interrupteur, pour qu'un mécanisme fatal se déclenche, écrit l'Université de Zurich.

Seconde découverte, les protéines prions se composent de deux parties fonctionnelles: une zone globulaire, ancrée dans la membrane cellulaire, ainsi qu'une longue queue déstructurée. Cette dernière est en temps normal très importante pour maintenir la fonction des cellules nerveuses.

Le mécanisme fatal se déroule comme suit, selon l'hypothèse des chercheurs. Le prion dont l'interrupteur a été activé, désormais malade, contamine les autres prions en bonne santé lorsque sa queue interagit avec leur zone globulaire. Une mort rapide des cellules s'ensuit.

Queue coupable

Les scientifiques ont vérifié leur supposition en élevant dans des extraits de tissu cérébral de souris certains anticorps, connus pour endommager des cellules cérébrales de la même manière qu'une infection de prions le fait. Ces anticorps se sont arrimés à l'interrupteur du prion. Ce prion contaminé n'a ensuite détruit des cellules cérébrales que lorsque sa queue était intacte.

«Les protéines prions ne peuvent pas détruire les cellules du cerveau sans leur longue queue, même si leur interrupteur a été activé par des anticorps», explique M. Aguzzi dans le communiqué. Et de conclure que «cette queue flexible est responsable de la mort des cellules».

Autres tests

D'autres tests appuient cette thèse. Si l'on attache la queue avec un autre anticorps et en coupe l'accès, même le fait de toucher l'interrupteur ne déclenche aucun mécanisme meurtrier.

La manière dont les prions tuent les cellules cérébrales a longtemps constitué une énigme pour les scientifiques. Les conclusions de l'équipe de chercheurs ont été publiées dans l'édition actuelle de la revue spécialisée «Nature». (ats)

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