Genève – La réforme de la prison abandonnée, pas ses objectifs
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GenèveLa réforme de la prison abandonnée, pas ses objectifs

Dans un message aux collaborateurs de Champ-Dollon, le conseiller d’État Mauro Poggia annonce vouloir repenser le projet Ambition avec le personnel.

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mpo/jef
Le projet Ambition va être revu après une mise en œuvre contestée.

Le projet Ambition va être revu après une mise en œuvre contestée.

Laurent Guiraud/TDG

La réforme Ambition, qui vise à moderniser la gestion de la prison de Champ-Dollon, à Genève, n’a pas dit son dernier mot malgré les remous suscités. Dans un message envoyé aux collaborateurs et collaboratrices de l’établissement pénitentiaire, après les résultats de l’audit portant sur la mise en œuvre du processus, le conseiller d’État chargé de la Sécurité affirme vouloir avancer. Mauro Poggia précise toutefois qu’«Ambition ne sera pas poursuivie sous la forme que nous lui connaissons».

Le magistrat différencie «les objectifs du projet Ambition, jugés pertinents», de «l’adaptation nécessaire à la spécificité de Champ-Dollon» et de «la mise en œuvre et la conduite du projet», critiquées dans le rapport. Il propose ainsi «de procéder à brève échéance aux aménagements nécessaires à la mise en œuvre des objectifs généraux de la réforme, puis de remettre l’ouvrage sur le métier au travers de nouveaux projets». Quant à la méthode, épinglée par l’audit qui la décrivait comme une mise en place «précipitée» malgré «de nombreux signaux d’alerte», elle sera revue. Mauro Poggia assure qu’une importance toute particulière sera attachée «à associer plus largement les collaborateurs de tous niveaux».

Comité de pilotage sous l’égide du directeur

Un comité de pilotage sera constitué sous l’égide du directeur général de l’Office cantonal de la détention (OCD) avec «des représentants de la direction générale, du comité de direction, de gardiens-chefs et gardiens-chefs adjoints et des membres des organisations représentatives du personnel de Champ-Dollon». Le secrétaire général adjoint chargé de la sécurité représentera le Département. Le but du comité sera de «déterminer les contours du modèle et de l’organisation qui seront mis en place et qui reprendront certains des objectifs du projet Ambition».

Pas sûr que cela suffise à ramener de la sérénité autour du projet controversé. Me Romain Jordan, conseil des cadres de Champ-Dollon, s’interroge quant à la pertinence de confier la présidence du comité de pilotage au directeur général de l’OCD: «Tout le monde est unanime sur le fait qu’il est largement responsable de la situation d’échec actuelle, et on lui demande pourtant de bâtir la confiance avec les collaborateurs dans un «comité de pilotage». On a connu le pouvoir politique beaucoup plus prompt à protéger le bien-être au travail de ses fonctionnaires.» L’homme de loi juge «incompréhensible» de laisser «des collaborateurs pourtant déjà à bout, fatigués et démoralisés dans leur jus, en choisissant de ne rien décider».

Tous devront tirer à la même corde

Le conseiller d’État Mauro Poggia insiste sur le fait que cette réforme «ne sera pas Ambition bis, mais une réorientation qui sera renommée, et qui suivra le calendrier nécessaire à sa mise en œuvre. D’autres auraient dit «aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire». Le magistrat confirme qu’il s’agit bien «de maintenir les objectifs de la réforme lancée, dont personne ne semble contester le bien-fondé». Le nouveau paradigme sera axé sur une «approche sociothérapeutique et empathique avec les détenus, dont le retour à la liberté doit être accompagné» en lieu et place «d’un fonctionnement quasiment axé sur la sécurité et piloté par les événements».

Répondant aux craintes formulées par les gardiens au sujet d’une spécialisation à outrance, Mauro Poggia précise qu’il «s’agit de concilier une spécialisation nécessaire avec une transversalité et une mobilité inévitables au vu du taux d’absences». À la question de savoir si le directeur de l’OCD, pointé du doigt par les gardiens et les responsables de la prison, est la bonne personne pour diriger le comité de pilotage, Mauro Poggia se montre sûr de lui: «Ce ne sont pas les collaborateurs de l’État qui doivent choisir leurs interlocuteurs, et je compte sur la bienveillance et l’engagement de chacun. Je veillerai à ce que tout le monde tire à la même corde.» Le conseiller d’État concède tout de même qu’en cas de nécessité il sera fait appel à un «chef de projet externe».

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