Votation cantonale (GE): La réforme du cycle capote, «il faut tout reprendre à zéro»
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Votation cantonale (GE)La réforme du cycle capote, «il faut tout reprendre à zéro»

Les Genevois ont dit non à la réforme du cycle d’orientation portée par la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta. Un nouvel échec pour la cheffe du département de l’instruction publique. 

par
Leïla Hussein
Actuellement, les élèves de 12 -15 ans sont séparés selon leur niveau dès leur entrée au CO. Un système jugé trop sélectif.

Actuellement, les élèves de 12 -15 ans sont séparés selon leur niveau dès leur entrée au CO. Un système jugé trop sélectif.

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Nouveau coup dur pour la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta. Dimanche, la population a refusé à 50,8% la réforme du cycle d’orientation sur laquelle elle planchait depuis deux ans. «C’est un résultat très regrettable. Le projet s’arrête là», a résumé la patronne du département de l’instruction publique. Sa proposition: mettre fin aux classes de «mauvais élèves» en réunissant les jeunes durant deux ans indépendamment de leur niveau tout en établissant des exigences différenciées (lire encadré).

Vote de défiance?

Si pratiquement tous les partis s’accordaient à dire que le système actuel est insatisfaisant, la réforme, elle, n’a pas convaincu. «J’ai le sentiment que c’est le principe de mixité qui n’est pas passé», a confié la magistrate. Principe de mixité ou vote de défiance face à une élue éclaboussée par la récente affaire des maltraitances dans un foyer pour jeunes autistes?

«Cela montre qu’il n’y a pas eu de vote de confiance. Ça c’est sûr», analyse Jean-Michel Bugnion, député Vert’libéral. Pour Daniel Sormanni, élu MCG, ça ne fait aucun doute. La mauvaise publicité du scandale de Mancy a pesé dans la balance. «Anne Emery-Torracinta est en bout de course. Il y a une perte de confiance. Peut-être aussi une perte de leadership.»

Climat peu propice au oui

«Si c’est le cas, c’est vraiment dommageable, estime la Verte Marjorie de Chastenay. A l’heure actuelle, les jeunes en difficulté sont démotivés et se sentent stigmatisés.»

De son côté, la principale concernée estime que «les Genevois ont plutôt pour habitude de voter sur un objet que sur une personnalité». Tout en admettant une «part de responsabilité dans cet échec», la conseillère d’Etat socialiste évoque un climat peu propice à l’acceptation. Après le refus du Parlement de valider le budget du canton en décembre dernier, «certains ont eu peur de ne pas avoir les moyens suffisants pour mettre en œuvre la réforme.»

Retour à la case départ

Quoi qu’il en soit, le résultat est le même: «il faut tout recommencer à zéro», déplore Patricia Bidaux, députée du Centre/PDC. Pour elle, une solution doit être trouvée et vite. «Aux opposants d’agir maintenant. J’attends des propositions demain», a-t-elle fait savoir lors d’un débat improvisé entre partisans et opposants à l’Hôtel de ville. «Peu réaliste», juge Jean-Michel Bugnion pour qui «on ne peut rien faire avec une magistrate qui est de nouveau désavouée par le peuple».

Pas de nouveau projet en vue

De l’aveu même de Serge Dal Busco, le lancement d’un nouveau projet par le Conseil d’Etat semble compromis. La faute au timing. «On est à une année de la prochaine législature. Compte tenu de la temporalité, cela paraît difficile d’arriver à une nouvelle réforme», a commenté le président du gouvernement à titre personnel. Mais la cheffe du DIP est du même avis. «Cela va être difficile de changer les choses d’un coup de baguette magique.»

Des discussions à venir

Chez les référendaires, soit le PLR, l’UDC et les Verts libéraux, on se félicite de cette victoire face à un projet «mal ficelé et inabouti». «C’est une victoire des enseignants qui ont mis en évidence l’incohérence de cette réforme», a relevé Bertrand Reich, président du PLR. Faux, assure David Fernex, de la Fédération des associations des maîtres du cycle d’orientation (FAMCO). Il rappelle que «la majorité des enseignants étaient en faveur de ce changement. Certains auraient voulu davantage de mixité», explique-t-il. Face à ce retour à la case départ, une question se pose: «Est-ce que les enseignants veulent se lancer dans un projet? Il va falloir en discuter.»

Le résultat, très serré, s’est joué à 2000 voix près avec un taux de participation de 40,8%.

Un système trop sélectif

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