France: «La réforme, les enfants, c'est pas open bar»

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France«La réforme, les enfants, c'est pas open bar»

«Je ne veux pas monopoliser la parole»: Emmanuel Macron s'est longuement invité jeudi à un débat citoyen à Bourg-de-Péage (Drôme) jouant aux questions-réponses avec des Français courtois mais bien décidés à lui «remettre les idées en place».

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cga/afp

Ce n'était pas officiellement prévu au programme de l'Elysée. Après une journée marathon dans la Drôme avec un déjeuner d'au moins 2H30 avec une soixantaine d'élus à Valence et la visite d'un Ehpad, il est arrivé vers 18H00 à la salle François Mitterrand de cette petite commune de 10'500 habitants, fief de son ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume.

«Pardon de m'inviter au dernier moment», a-t-il lancé. Les forces de l'ordre, à cran, s'attelaient au dernier moment à sécuriser à la zone tout en filtrant les quelque 250 personnes inscrites au débat, dont une poignée vêtues de gilets jaunes.

Le président debout, micro en main, a répondu pendant 3H15, n'éludant aucun sujet: l'ISF, l'école, le glyphosate, l'emploi et même des sujets techniques ou plus insolites comme la cyber-sécurité ou les courses hippiques.

Auparavant, à la sortie du déjeuner-débat de Valence, la plupart des élus, à commencer par le patron des Républicains Laurent Wauquiez, avaient exhorté Emmanuel Macron à aller «au contact» des Français. «A portée d'engueulade», prônait même Jean-François Débat, maire PS de Bourg-en-Bresse.

Comment Facebook a généré les «gilets jaunes»

Pour lutter contre les Fake news, le réseau social a changé son algorithme en mettant en avant les discussions de proximité. Une des raisons du succès du mouvement des «gilets jaunes».

Mais les échanges n'ont pas été si musclés. Il a parfois été applaudi et la parole a été distribuée dans la bonne humeur par l'hôtesse de la soirée, la maire PS de Bourg-de-Péage, Nathalie Nieson.

On retient tout de même quelques petites phrases lancées pour défendre sa politique et égratigner les revendications des «gilets jaunes». «Faut proposer des vraies réformes, mais la vraie réforme, elle va avec la contrainte, les enfants! a-t-il lancé à son auditoire. Parce que si derrière on veut ceci, comment on le finance? C'est pas open-bar ! Le bar c'est le nôtre.»

Toutefois, comme à son habitude, le président est resté ferme face aux critiques. «Est-ce qu'il y a deux ans, quand il y avait l'ISF, on vivait mieux et il y avait moins de SDF ? Non, je ne l'ai pas fait pour faire un cadeau à des gens». «Ben si», répond en coeur l'assemblée. «Non, c'est pas vrai», rétorque Emmanuel Macron.

Retraités, chefs d'entreprise

Puis arrive le sujet des banques, un homme d'une cinquantaine d'année lit fébrilement sa question. Et, face à une salle qui bruisse, le président revient sur l'image de banquier qui lui colle à la peau sur les ronds-points.

«Vous savez, je suis pas un héritier moi, je suis né à Amiens (...) Si j'étais né banquier d'affaires, vous pourriez me faire la leçon. Si j'étais né avec une petite cuillère dans la bouche ou fils de politiciens, vous pourriez me faire la leçon. Ce n'est pas le cas».

Dans la salle, beaucoup de retraités, de chefs d'entreprise. Certains impressionnés comme cette ancienne institutrice en «Zep» qui «ne s'attendait pas du tout à rencontrer (le président) aujourd'hui».

«Toute ma vie j'ai rêvé d'un cours préparatoire à 15 élèves», commence-t-elle, «ravie» que les classes de CP soient désormais limitées à 12 élèves en «Zep». Et de lancer, trémolos dans la voix: «les gilets jaunes mais bonté, qu'est-ce qu'on a loupé» pour en arriver là. «On a assigné des gens à résidence», a reconnu Emmanuel Macron. Et «le seul moyen de le corriger, c'est d'abord l'école», opine-t-il.

«Ce que vous avez dit avec beaucoup d'émotion était bouleversant», ajoute-t-il, estimant que l'enseignement était «le plus beau métier avec les soignants». «Ma vie personnelle est émaillée» d'enseignants, a-t-il lancé dans une allusion à sa femme, déclenchant les rires de la salle.

Au premier rang, Didier Guillaume, Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État à la Transition écologique, un retraité qui boit la parole présidentielle, ou une dame au béret qui mâche frénétiquement son chewing-gum. Derrière elle, un handicapé interpelle Emmanuel Macron sur son cas personnel. A ses côtés, un «gilet jaune» arborant un bandeau jaune et des lunettes de soleil sur la tête.

«On peut pas dire qu'il m'a convaincu mais on sent que dans ses réponses, il fait sincère. Mais quand il parle de l'Europe, là ça fait un peu meeting», commentait après les échanges Marc Benistand, syndicaliste CFDT.

A 21H15, Emmanuel Macron a conclu les débats, s'attardant quelques minutes avec des citoyens et promettant déjà des «mesures très concrètes à l'issue du débat».

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