Genève: La reprise des chantiers scandalise le bâtiment
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GenèveLa reprise des chantiers scandalise le bâtiment

Les métiers de la construction craignent pour leur santé, en plus d'affronter des difficultés économiques.

par
Jérôme Faas
Les chantiers genevois sont à nouveau autorisés, sous conditions, pour autant que les règles de distanciation sociale puissent y être observées.

Les chantiers genevois sont à nouveau autorisés, sous conditions, pour autant que les règles de distanciation sociale puissent y être observées.

Keystone/Georgios Kefalas

«On se sent complètement abandonnés!», tempête Nicolas Rufener, le secrétaire général de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment (FMB). La volte-face du Conseil d'Etat, qui après avoir interdit tous les chantiers la semaine passée, a décidé mercredi de les autoriser sous conditions afin de se conformer aux ordonnances fédérales, le scandalise. «C'est la porte ouverte à une reprise massive des chantiers! On a vraiment l'impression que la question sanitaire est secondaire. Les politiques, je leur dis: vous n'y connaissez rien! Venez voir vous-mêmes sur un chantier s'il est possible de respecter la distanciation sociale.»

Les pressions des maîtres d'ouvrage

Selon lui, «les entreprises subissent d'ores et déjà de grosses pressions pour reprendre le travail de la part des maîtres d'ouvrage, sans aucunes préoccupations pour la santé des travailleurs. Nous, nous aurions désiré une interdiction généralisée, avec éventuellement des exceptions. Là, c'est l'inverse. On trouve que le message est très mauvais. Ce Conseil d'Etat est dépourvu de la capacité d'écouter.»

Porte-parole du Département des infrastructures, chargé de gérer la réouverture des chantiers, Roland Godel déclare que «le Conseil d'Etat était parfaitement conscient de ce risque (ndlr: de reprise massive) et il est bien déterminé à éviter un tel phénomène». Il indique d'une part que les règles sanitaires fédérales devront être respectées, que des contrôles seront effectués et que de lourdes amendes seront infligées aux contrevenants.

D'autre part, afin de calmer les éventuelles ardeurs des maîtres d'ouvrage, ce sont eux, et non leurs sous-traitants, qui devront signer la demande de réouverture «et en assumer les obligations, explique Roland Godel. L'Etat sera très strict sur tout cela.»

Selon nos informations, le Conseil d'Etat était divisé quant à l'opportunité de rouvrir certains chantiers genevois, alors qu'en toile de fond, certains grands opérateurs immobiliers nationaux (comme par exemple HRS, responsable du chantier de l'Aile Est de l'aéroport) ne voudraient pas entendre parler d'un arrêt des chantiers au niveau suisse.

Les indépendants tirent la langue

Sur le plan économique, la pilule est aussi très amère pour les indépendants du secteur. En début de semaine déjà, leurs caisses de compensation refusaient de leur verser des indemnités, au motif que «seules les activités interdites par le Conseil fédéral peuvent, pour l'instant, bénéficier de ces allocations. Les chantiers ont été arrêtés sur décision du Conseil d'Etat genevois, mais l'activité n'est pas formellement interdite.»

«Un coup de couteau dans le dos»

Il s'agit de la même problématique que celle des autres indépendants (chauffeurs de taxis, physiothérapeutes, graphistes, etc.), douchés lundi par les critères restrictifs de l'Office fédéral des assurances sociales. «Suite à l'annonce initiale de fermeture des chantiers, mon carnet de commandes émanant des privés s'est effondré, explique un petit entrepreneur en nom propre actif dans la peinture et le papier peint. Les régies ont tout gelé, elles ne savent plus trop quoi faire. La caisse AVS me met un coup de couteau dans le dos. J'ai dû cotiser un demi-million en 35 ans, et puis là, on demande seulement deux mois, et c'est non… Cet entre-deux nous est très défavorable. Ce serait bien plus simple de tout arrêter.»

«Je me bats pour ces indépendants autant que pour les ostéopathes et tous les autres, indique le conseiller d'Etat Pierre Maudet, chargé du Développement économique. Mais il s'agit d'un autre dossier que celui de la fermeture des chantiers. Pour eux, la décision du Conseil d'Etat ne change rien à la donne. Ce qui est remis en cause, c'est la capacité des patrons à obtenir des RHT.»

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