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Crise sanitaireLa reprise économique suspendue au vaccin contre le coronavirus

L’arrivée d’un vaccin devrait permettre de contrôler la propagation du virus et relancera ainsi une économie lourdement affectée par la pandémie, affirment plusieurs économistes suisses.

Le vaccin contre le Covid-19 sera un accélérateur de la reprise économique au niveau mondial, estiment des économistes.

Le vaccin contre le Covid-19 sera un accélérateur de la reprise économique au niveau mondial, estiment des économistes.

KEYSTONE

Les espoirs de reprise en Suisse sont suspendus à l’arrivée d’un vaccin qui devrait permettre de relancer une économie lourdement affectée par la pandémie de coronavirus. Si de premiers signes d’amélioration sont déjà constatés au niveau des exportations, d’autres domaines comme le commerce de détail ou le tourisme sont en difficulté et vont faire face à une accélération de leur transformation.

L’arrivée d’un vaccin contre le Covid-19 «change les règles du jeu» en permettant de «contrôler et de contenir la pandémie», estime Samy Chaar, économiste en chef de la banque Lombard Odier. Alors que le Royaume-Uni s’apprête à démarrer la semaine prochaine sa campagne de vaccination, l’Union européenne et la Suisse espèrent suivre en début d’année prochaine.

«Un accélérateur de la reprise»

«Si la pandémie est sous contrôle, nous assisterons à une solide reprise économique», poursuit Samy Chaar. Un avis partagé par son homologue de la banque UBP. Selon Patrice Gautry, «le vaccin sera un accélérateur de la reprise au niveau mondial». Sans ce remède, la reprise mondiale devrait évoluer autour de 5% en 2021, mais avec la vaccination la conjoncture mondiale pourra accélérer de 6% l’année prochaine, selon les estimations de l’économiste en chef de l’établissement genevois.

L’économie mondiale, et Suisse, bénéficiera non seulement d’une immunisation de masse, mais aussi de l’effet cumulé du vaccin, des aides publiques et du soutien monétaire. «On pourrait ainsi retrouver un cycle économique nettement meilleur, jusqu’en 2022, qu’après la crise financière de 2008», souligne Patrice Gautry.

La Confédération, à l’instar de la planète, a lourdement souffert du virus qui a été diagnostiqué pour la première fois dans la ville chinoise de Wuhan en décembre 2019. Après un recul de 1,9% au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) helvétique s’est effondré de 7,0% au second partiel, au plus fort de la crise et du confinement. Un net redressement a été constaté entre juillet et septembre (+7,2%), mais le dernier trimestre devrait encore être difficile en raison de la deuxième vague de coronavirus.

Une fin d’année encore difficile

«Le quatrième trimestre risque d’être à nouveau très faible et il faut voir s’il y aura une troisième vague», a averti Martin Neff, économiste en chef de Raiffeisen. Mais en rétrospective, la Suisse s’en est plutôt bien sortie comparé à ses voisins, a-t-il souligné.

Pour cette année, la majorité des spécialistes s’attendent à un recul du PIB entre -4,7% et -3,1%, contre une chute de 7,5% dans la zone euro et de 4,0% au niveau mondial, selon Raiffeisen. En 2021, la reprise devrait cependant être un peu moins forte, les estimations variant de +2,8% à +3,6% pour la Suisse.

Selon Martin Neff, la Suisse a réagi rapidement en début d’année, mettant promptement à disposition des aides publiques pour les entreprises en difficulté, même si en comparaison internationale la Confédération a mis moins d’argent sur la table que ses voisins. L’introduction du chômage partiel a également sauvé la mise. Sans cet outil, le taux de sans-emplois se serait envolé de 18% en avril-mai, a rappelé l’économiste de la banque st-galloise. «Le taux de chômage va certes encore un peu augmenter, mais nous sommes enviés en comparaison internationale», ajoute-t-il.

En octobre, le taux de chômage a en effet atteint 3,2%, contre 8,4% dans la zone euro et 6,9% aux États-Unis. Sur l’ensemble de l’année, le taux de chômage devrait atteindre 3,8% et monter à 4,1% en 2021, selon les projections du Secrétariat d’État à l’économie (Seco).

Gagnants et perdants de la crise

Mais tous les secteurs ne sont pas à la même enseigne. «L’économie post-Covid ne sera pas la même avec l’émergence de nouvelles tendances, notamment plus de transport individuel et une consommation accrue sur internet», explique Patrice Gautry. Selon ce dernier, les comportements initiés pendant la crise vont perdurer et compléter les habitudes de consommation plus traditionnelles.

Quant aux secteurs impactés pendant la crise – comme le commerce de détail, la restauration, l’hôtellerie et l’événementiel – ils seront contraints de s’adapter et de revoir leurs modèles d’affaires. Des changements structurels sont inévitables et des emplois risquent d’être réaffectés à d’autres domaines, complète M. Chaar. À l’inverse, le secteur pharmaceutique, les biotechs, la télémédecine, la recherche, l’e-commerce et les services bancaires en lignes sont perçus comme les gagnants de la crise.

Le commerce extérieur, l’un des moteurs de l’économie suisse, est quant à lui déjà en train de rebondir, grâce à la reprise amorcée en Asie, des chaînes de production intactes et la demande stable en biens de consommation.

(ATS/NXP)

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