Santé: La résistance aux antibios: un problème majeur
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SantéLa résistance aux antibios: un problème majeur

La résistance aux antibiotiques est à l'échelle mondiale une grave menace de santé publique, a affirmé mercredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La résistance aux antibiotiques est à l'échelle mondiale une grave menace de santé publique, a affirmé mercredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans un rapport portant sur 114 pays, dont la Suisse, l'agence de l'ONU dresse un bilan inquiétant.

Cette menace n'est plus seulement une prévision, mais bien une réalité dans toutes les régions du monde. Tout un chacun peut être touché, avertit l'OMS dans son étude «Résistance aux antimicrobiens: rapport mondial sur la surveillance» publiée à Genève.

«A moins que les nombreux acteurs concernés agissent d'urgence, le monde s'achemine vers une ère post-antibiotiques, où des infections courantes et des blessures mineures pourraient à nouveau tuer», a déclaré le Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général de l'OMS pour la sécurité sanitaire.

«Si nous ne prenons pas des mesures significatives pour mieux prévenir les infections, mais aussi pour modifier la façon dont nous produisons, prescrivons et utilisons les antibiotiques, nous allons perdre petit à petit les bénéfices de ces médicaments pour la santé publique et les conséquences seront dévastatrices», a-t-il ajouté.

Le rapport documente la résistance aux antibiotiques de sept bactéries différentes, responsables de maladies graves courantes telles que les infections hématologiques (septicémie), les diarrhées, les pneumonies, les infections des voies urinaires et la gonorrhée. Les résultats sont très préoccupants.

Les mesures prises pour lutter contre cette résistance qui rend les antibiotiques inefficaces sont insuffisantes. Elles n'existent pas dans de nombreux pays, déplore l'OMS, qui fait toute une série de recommandations.

Cri d'alarme

«Ce rapport est un cri d'alarme. Nous constatons des taux effrayants de résistance aux antibiotiques dans tous les pays où nous travaillons», a réagi le Dr Jennifer Cohn, directeur de la campagne pour l'accès aux médicaments de Médecins sans frontières (MSF).

«Il faut d'urgence que les gouvernements renforcent leurs mesures de surveillance et que l'industrie pharmaceutique mette au point de nouveaux antibiotiques adaptés aux pays en développement», a-t-il ajouté, plaidant pour un plan d'action mondial sur l'utilisation rationnelle des antibiotiques.

Résistance très répandue

L'OMS a constaté que la résistance au traitement de dernier recours contre les infections potentiellement mortelles causées par une bactérie intestinale courante, les carbapénèmes, s'était propagée à toutes les régions du monde. Dans certains pays, les carbapénèmes sont inefficaces chez plus de la moitié des patients traités pour des pneumonies ou des infections hématologiques.

La résistance est aussi très répandue aux médicaments antibactériens les plus largement utilisés dans le traitement des infections des voies urinaires, les fluoroquinolones. L'échec du traitement de dernier recours contre la gonorrhée, les céphalosporines de troisième génération, a été confirmé dans plusieurs pays, alors que plus d'un million de personnes sont infectées par le gonocoque chaque jour.

Du fait de la résistance aux antimicrobiens, les patients sont malades plus longtemps et le risque de décès augmente. L'OMS estime par exemple que chez les personnes atteintes du «Staphylococcus aureus» résistant à la méthicilline (SARM), le risque de décès est supérieur de 64% à celui chez les personnes atteintes d'une forme non résistante de l'infection.

La Suisse dans la moyenne

Le rapport de l'OMS contient des chiffres de résistance à différents médicaments antimicrobiens en Suisse. En Europe, la Suisse se situe dans la moyenne: la situation est meilleure qu'en France, en Italie, en Grande-Bretagne, que dans les pays de l'est et du sud de l'Europe, mais moins bonne qu'en Scandinavie et aux Pays-Bas.

Le 8 juillet dernier, les conseillers fédéraux Alain Berset et Johann Schneider-Ammann ont donné le coup d'envoi à un programme national pour élaborer une stratégie d'ici 2015. Il s'agit de diminuer l'utilisation inadéquate des antibiotiques et d'enrayer l'augmentation de fréquence des résistances. (afp)

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