Actualisé 21.03.2011 à 15:59

Libye

La résolution de l'ONU «rappelle les croisades»

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a dénoncé lundi la résolution 1973 de l'ONU autorisant le recours à la force pour protéger les civils en Libye.

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a fustigé lundi une nouvelle «croisade» menée selon lui par les Etats-Unis en Libye, des déclarations aussitôt désapprouvées par le président Dmitri Medvedev dans une dissension inédite entre les deux dirigeants russes.

La résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU, en vertu de laquelle agissent les forces de la coalition internationale en Libye, «me fait penser à l'appel aux croisades à l'époque du Moyen-Age», a déclaré M. Poutine devant les ouvriers d'une usine d'armement de Votkinsk, en Sibérie.

«A l'époque de Bill Clinton, on a bombardé la Yougoslavie et Belgrade, (George W.) Bush a envoyé des troupes en Afghanistan, ensuite, sous de faux prétextes, on a envoyé des troupes en Irak. (...) Aujourd'hui, c'est au tour de la Libye», a-t-il ajouté.

Cela «devient une tendance forte et une constante dans la (politique) des Etats-Unis», a-t-il estimé.

Medvedev réagit

Les propos du Premier ministre ont été rapidement désapprouvés par Dmitri Medvedev.

«Il est inadmissible d'employer des termes qui mènent au choc des civilisations, des expressions du genre croisade ou autres. C'est inacceptable. Dans le cas contraire tout peut se terminer d'une manière encore pire que la situation actuelle. Chacun doit le garder en tête», a-t-il déclaré.

«Il faut être de la plus grande prudence concernant les déclarations sur la Libye», a ajouté le président russe.

«Je considère que la résolution (de l'ONU) reflète notre interprétation de ce qui se passe en Libye, mais pas totalement. C'est pourquoi nous n'avons pas utilisé notre veto» lors du vote au Conseil de sécurité de l'ONU la semaine dernière, a-t-il ajouté.

Réserves de la Russie

Les déclarations de M. Poutine se détachent en effet nettement de l'appréciation affichée jusqu'à présent par le Kremlin et la diplomatie russe sur l'intervention occidentale en Libye.

La Russie s'était contentée d'émettre des réserves et de s'abstenir la semaine dernière lors du vote sur la résolution, dénoncée lundi par Vladimir Poutine.

Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui rencontrait lundi au Caire le chef de la Ligue arabe Amr Moussa, a déclaré que la Russie soutenait les réserves de la Ligue sur les bombardements en Libye, mais a aussi condamné la politique du colonel Kadhafi.

«Tenter de recourir à la force contre son propre peuple, comme cela s'est produit en Libye, est absolument inacceptable», a-t-il dit.

Vues électorales

C'est la première fois que MM. Medvedev et Poutine semblent s'opposer aussi ouvertement, à un an de la présidentielle russe de 2012.

Selon Alexandre Konovalov, président de l'Institut des évaluations stratégiques à Moscou, les déclarations de Vladimir Poutine montrent que la direction russe est divisée y compris sur la politique étrangère.

«Les propos de Poutine sont un élément de politique électorale intérieure» à l'approche de la présidentielle lors de laquelle il n'a pas exclu de revenir au Kremlin, a ajouté cet analyste.

Vladimir Poutine pourrait briguer à nouveau la présidence qu'il a laissée en 2008 pour des raisons constitutionnelles (pas plus de deux mandats consécutifs) à Dmitri Medvedev.

«Il se bat pour renforcer sa cote de popularité, pour que tous les ouvriers et les paysans entendent un Etat fort, c'est Poutine », a-t-il ajouté.

Le réarmement justifié

M. Poutine a du reste ajouté lundi que l'intervention en Libye justifiait le réarmement annoncé du pays.

«Les événements actuels, notamment en Libye, montrent encore une fois que nous avons raison de renforcer les capacités militaires de la Russie», a-t-il dit.

Et il a souligné que la Russie allait doubler à partir de 2013 sa production de systèmes de missiles stratégiques. (afp)

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