Economie: «La richesse devient de plus en plus héritée»
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Economie«La richesse devient de plus en plus héritée»

L'ex-rédacteur en chef de «The Economist» Bill Emmott s'inquiète de la concentration des richesses et de l'impact de la finance sur la politique.

par
Christine Talos
Bill Emmott, ici en compagnie de l'ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, à Saint-Gall.

Bill Emmott, ici en compagnie de l'ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, à Saint-Gall.

Keystone

Le monde de la finance a une responsabilité écrasante dans la montée du populisme. C'est du moins l'opinion de Bill Emmott, ex-rédacteur en chef du magazine The Economist interviewé lundi dans Le Temps à l'occasion de son passage mardi au forum de la Fondation de la haute horlogerie.

Selon Bill Emmott, ce sont les forces réactionnaires occidentales, plus que les menaces extérieures, qui rongent les fondations politiques occidentales. «Il y a eu une perte de niveau de vie et une perte du sentiment d'égalité, qui met en péril l'ouverture qui a caractérisé nos sociétés.»

L'ex-rédacteur en chef revient également sur les raisons qui ont conduit les Américains à voter pour Donald Trump. Selon lui, ils réagissent à une perte du sentiment d'égalité, du fait de ne plus être pris en compte. «Le sentiment d'être un citoyen qu'on écoute a cédé la place à l'idée que seuls comptent les gens puissants», estime-t-il.

Suisse saluée

Et Bill Emmott d'accuser les banquiers, la City de Londres, Wall Street, ainsi que les milliardaires dont l'influence politique a crû «de manière disproportionnée». Selon lui, le Brexit en Grande-Bretagne provient de l'idée que l'appartenance à l'UE favorisait avant tout les riches.

L'essayiste s'inquiète: pour lui, la concentration des richesses devient dangereuse quand elle prend pied en politique, dit-il. «La citoyenneté s'érode lorsque l'accès à l'éducation, à l'influence et aux décisions politiques devient grossièrement inégal», souligne-t-il. «La richesse devient de plus en plus héritée, comme dans l'Europe médiévale. Les Etats-Unis résistaient à cette richesse héritée grâce à l'impôt sur les successions. Mais il a été presque aboli, et le sera complètement si l'administration Trump peut le faire.»

Selon Bill Emmott, il n'y a pas de remède miracle ou de politique unique qui pourrait s'appliquer pour remédier au phénomène. Tout dépend des pays et de leurs sociétés en place. Il salue néanmoins la Suisse. «Elle a réussi à faire un mélange harmonieux d'ouverture et d'investissements massifs dans l'éducation, dans l'amélioration du niveau de compétence des travailleurs, qui a rendu cette ouverture exploitable par le pays. C'est un modèle d'investissement dans les ressources humaines, mais il n'est pas reproductible par n'importe quel pays.»

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