Actualisé 12.01.2016 à 11:38

NHL/KHL«La Russie? C'était l'enfer, j'ai adoré»

Ryan Whitney a 32 ans et désormais rangé ses cannes. Juste avant, il avait passé une année au HK Sotchi, au Sud de la Russie. Un récit magnifique.

par
Robin Carrel
Ryan Whitney (à gauche), sauve la mise au portier suisse Jonas Hiller. C'était en 2009.

Ryan Whitney (à gauche), sauve la mise au portier suisse Jonas Hiller. C'était en 2009.

photo: Keystone/Rich Schultz

Le défenseur qui a aujourd'hui 32 ans vient de Scituate, un port situé près de Boston, à l'extrême Est des Etats-Unis. Après une longue carrière qui l'a emmené des Pingouins de Pittsburgh aux Florida Panthers, en passant par les Anaheim Ducks et les Edmonton Oilers, il s'est posé LA question: «reprendre ses études et faire face à la vraie vie, faire seulement du golf, ou… paqueter ses valises et aller jouer à l'étranger quelques années? Si tu n'as pas d'enfant, la dernière solution semble la bonne. Alors je suis allé sur Google et ai commencé à rêver d'endroits magnifiques où je pourrais partir. Suède, République tchèque, Suisse…»

Pour notre plus grand bonheur, le joueur d'1m92 pour 95 kg a finalement décidé de s'expatrier. Alors âgé de 30 ans, l'homme comptait tout de même près de 500 matches dans la meilleure ligue du monde, avait joué deux Mondiaux juniors et disputé les JO en 2010 à Vancouver. Mais il n'avait encore rien vu, car il a finalement reçu, selon son agent, «Une belle offre de Russie». Dans son blog qui tient du génie, le Massachusettais nous conte son périple au pays de Vladimir Poutine. Avec une franchise et un ton désarmants.

«Russie???» «Russie.»

«Sotchi, comme les Jeux olympiques?», demande Whitney à son agent. «Ouais. Russie. KHL», lui répond ce dernier. Le joueur marque une longue pause et dit: «Russie.» «Russie», enchaîne son homme de confiance. «Sont-ils bons au moins?», s'enquiert le défenseur. «Non. Ils ne sont pas bons. Ils ont genre gagné trois matches et en ont perdu treize», lui rétorque son intermédiaire. L'Américain redemande après réflexion: «Russie???» «Russie», assène encore une fois l'agent.

Le reste de l'article est une litanie de chocs des cultures. Des photos, des rencontres et des détails de la vie de tous les jours qui peuvent prêter à sourire. «Mais p..… Pourquoi est-ce que la lettre H est écrite à l'envers? Tout est écrit en Russe. Genre, absolument tout», remarque l'ancien étudiant de l'Université de Boston. Après être arrivé en taxi depuis l'aéroport, il se retrouve au village olympique. «Sauf que les JO sont terminés… Pas une âme qui vive, pas de voitures dans les rues. Rien!», hallucine-t-il.

Suivent des tests physiques dans un hôpital, avec une personne agonisant non loin de lui et une infirmière ne parlant pas un mot d'anglais et qui fume en prenant sa pression. «Ce qu'il faut comprendre, c'est que jouer en NHL est un rêve, mais c'est aussi une monde fantastique. Tout devient confortable et on prend cela pour acquis. Puis, un jour, tu te lèves, tu es vieux et tu n'as plus rien à foutre. Tu vas juste boire un café, tu vas sur Twitter et tu fais ta journée. C'est brutal. C'est pour ça que je n'échangerais mon expérience russe contre rien au monde.»

Ryan Whitney explique ensuite ses premiers coups de patins avec le HK Sotchi. «Pour tous les joueurs de NHL qui lisent ces lignes, laissez-moi vous dire quelque chose, se marre-t-il. Vous ne vous rendez pas compte à quel point vous devez être bons ici. Un entraînement normal à Sotchi était plus dur que n'importe quel jour dans un camp d'entraînement en Ligue nationale nord-américaine. En Russie, ils patinent. Et ensuite, ils patinent encore un peu plus. Tu es en train de mourir. Tu es sur le point de t'écrouler. Puis, le coach hurle. Alors tu demandes à tes coéquipiers russes ce qu'il a dit. Ils me répondent: 'ça échauffement'…»

Lenny Kravitz

Le joueur ne s'arrête pas en si bon chemin, au niveau anecdotes. Un jour, il commence à appeler «Lenny» l'entraîneur-assistant dont le nom de famille est Kravitz. Ce dernier ne comprend pas la référence. Quelques jours plus tard, l'aide coach l'appellera simplement «Obama». Kravitz faisait aussi office de traducteur pour les joueurs étrangers. «Quand l'entraîneur principal gueulait et devenait fou pendant bien 10 minutes, l'entraîneur-adjoint se tournait vers nous toutes les trente secondes et disait simplement: 'vous réveiller p….., vous être nuls'!»

Whitney couronne son propos avec la vidéo visible ci-dessous. «Je ne sais absolument pas si les gars dans les bateaux sont vivants, écrit-il dans son blog. C'était juste une journée de plus en Russie… Cela ne remet pas juste ta carrière en perspective, mais ta vie entière! (…) Tout cela a l'air fou, mais, en fait, cela te rappelle pourquoi tu es tombé amoureux du jeu de hockey avant tout.»

De retour au pays, à la fin de sa seule saison de KHL, le joueur n'a pas réussi à arrêter de sourire pendant dix jours d'affilée. «Les choses que tu prenais pour acquises sont devenues incroyables. Du jambon de Parme. Oh mon Dieu. Des Chicken Fingers. Du lait. Des sandwiches chauds pour le petit déjeuner.»

Mais le premier truc qu'a fait le vétéran de neuf saisons en NHL en rentrant, c'est aller se faire couper les cheveux. «Mon coiffeur m'a regardé et a dit: 'Qu'est-ce qui ne va pas avec toi, mec?'» Whitney a répondu: «Russie.» «Russie?», a demandé le barbier. «Russie», a rétorqué le joueur. «C'était comment?», a insisté son interlocuteur. «C'était l'enfer, j'ai adoré.»

Ryan Whitney en bref.

Le défenseur a désormais 32 ans. Dans sa jeunesse, il a été sélectionné dans toutes les catégories juniors de l'équipe des Etats-Unis. Whitney a ensuite effectué ses études à l'Université de Boston, avec qui il a joué trois saisons de NCAA. Après avoir été drafté en 5e position par les Pittsburgh Penguins en 2002, il a joué 481 matches de saison régulière et 38 de play-off avec les Pingouins, mais aussi Edmonton, Florida et Anaheim. Il a inscrit la bagatelle de 273 points (53 buts et 220 assists) dans la meilleure Ligue du monde. Après sa belle carrière nord-américaine, il part en KHL, à Sotchi, puis tente une dernière pige en Suède cette année. Deux matches de SHL avec MODO plus tard, l'Américain décide de prendre sa retraite sportive.

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