Température au travail: La science plaide pour que chacun ait sa propre clim dans l’open space

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Température au travailLa science plaide pour que chacun ait sa propre clim dans l’open space

Des scientifiques travaillent sur des moyens pour que la température soit modulée et adaptée au ressenti individuel de toutes et tous.

par
Yannick Weber
Bientôt fini les controverses sur le niveau de climatisation ou de chauffage dans les espaces partagés.

Bientôt fini les controverses sur le niveau de climatisation ou de chauffage dans les espaces partagés.

20min/Taddeo Cerletti

Quiconque travaille dans un open space aura pu en faire l’expérience: l’employée qui enfile sa jaquette parce que «quelle cramine avec cette clim» alors qu’au même moment son collègue d’à côté est encore au seuil de la sudation avec les avant-bras moites et collants au bureau. Les différences de ressenti des températures sont connues, mais une expérience de l’EPFL, dont les résultats viennent d’être publiés, amène de nouveaux savoirs scientifiques.

L’âge, le sexe, le métabolisme: ces facteurs influencent la perception du chaud et du froid, c’est connu. Mais l’étude de l’EPFL montre que cela n’explique pas tout. Six personnes ont participé pendant trois mois dans un labo à Fribourg à des expériences (lire ci-dessous). «Des différences interindividuelles significatives entre les sujets ont été démontrées, en particulier entre deux hommes de corpulence égale lors d’activités identiques», notent les chercheurs Dolaana Khovalyg et Yann Ravussin.

Étudier le travailleur lambda

«Habituellement, les études qui calculent la dépense calorique des individus se concentrent sur les cas extrêmes, comme les athlètes, les aventuriers ou les militaires qui participent à des expéditions en milieu hostile. Le travailleur lambda dans un bureau est rarement analysé», lit-on dans le communiqué, d’où l’originalité de l’expérience. Les six participants ont mené différentes activités telles que s’asseoir, se lever, manger un repas, comme on peut le faire au bureau. Munis de capteurs, ils ont fourni des données aux scientifiques, qui ont pu les analyser en fonction des températures de la pièce, qui oscillaient entre 16 et 24 degrés.

Pourtant, dans les open spaces, c’est le même tarif pour tout le monde. «Aujourd’hui, les systèmes de climatisation sont concentrés sur l’espace et non sur les individus. Avec une température moyenne de 21 degrés, certains ont chaud, d’autres froid. Nos recherches visent à optimiser le confort de toutes et tous, sans distinction», note Dolaana Khovalyg, citée dans le communiqué de l’EPFL.

Les données prélevées sur les participants à l’étude «ouvrent de nouvelles perspectives: il est désormais possible d’adapter en temps réel la ventilation ou le chauffage localement». Les bâtiments devront pour cela être plus «intelligents» et le mobilier, comme des chaises chauffantes ou rafraîchissantes, se démocratiser. «Une application concrète de cette nouvelle technologie pourrait arriver d’ici à une dizaine d’années», dit la chercheuse. Elle permettrait en outre de réaliser des économies d’énergie, chose peu anodine par les temps qui courent. 

Des questions éthiques

«Nous avons aujourd’hui à disposition la technologie et les outils de surveillance nécessaires pour mesurer cette chaleur individuellement et à la minute», dit Dolaana Khovalyg. Surveillance? Le mot fait peur, et c’est là un des enjeux éthiques. Comment rendre les capteurs non intrusifs et est-il acceptable qu’une machine collecte des données physiologiques en temps réel? «On travaille sur des capteurs placés directement sur la chaise de l’employé plutôt que sur son corps. Toutefois, les usagers de ces futurs bâtiments intelligents devront tous être informés de cette pratique d’une manière ou d’une autre», dit la chercheuse.

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