Actualisé 17.12.2008 à 15:34

Madoff devant la justiceLa SEC enquête sur ses carences

Bernard Madoff, accusé d'une escroquerie de 50 milliards de dollars, comparaît mercredi pour demander le maintien de sa liberté sous caution, alors que la SEC enquête sur l'échec de ses contrôles.

Arrêté jeudi, le financier new-yorkais a ensuite été libéré après s'être engagé à verser une caution de 10 millions de dollars, qui doit être garantie par quatre personnes. Son épouse s'est portée garante mais il doit en trouver trois autres d'ici sa comparution fixée à 19 h GMT.L'affaire ébranle la SEC, l'autorité boursière américaine, critiquée de toutes parts pour ne pas avoir décelé la fraude. La SEC enquête maintenant sur l'un de ses ex-inspecteurs, Eric Swanson, qui a épousé une nièce de M. Madoff.Le régulateur boursier américain a décidé mardi de lancer une enquête interne pour déterminer pourquoi l'escroquerie lui avait échappé, malgré «des alertes répétées depuis au moins 1999» auprès de son personnel, qui sont restées sans suite.La SEC a reconnu «de multiples échecs apparents», «profondément troublants» et dit vouloir vérifier qu'il n'y a pas eu de contacts entre son personnel et les proches de M. Madoff.L'inspecteur général de la SEC chargé de l'enquête, David Kotz, a précisé mercredi qu'il examinerait «la relation entre la nièce de M. Madoff et M. Swanson».Eric Swanson a travaillé pour la SEC pendant 10 ans, notamment pour superviser des programmes d'inspection. Il a quitté l'institution en 2006, année où il aurait commencé à fréquenter la nièce du financier, Shana Madoff avant de l'épouser en 2007. Un porte-parole de M. Swanson a reconnu que «l'équipe d'enquêteurs qu'il avait aidé à superviser avait fait une enquête sur les opérations boursières de Bernard Madoff».Le président de la SEC, Christopher Cox, a reconnu mardi que «des allégations crédibles et précises sur les méfaits de M. Madoff ont été portées à l'attention du personnel de la SEC de manière répétée depuis au moins 1999, mais n'ont jamais été signalées à la commission pour qu'elle agisse».Le patron du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn avait mis en cause lundi les autorités de régulations américaines: «la surprise n'est pas qu'il y ait des voleurs» mais «la question est: que fait la police?»Le président de l'Autorité française des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet, a lui jugé fautive la réglementation américaine.«Pour la quatrième fois, la réglementation américaine est en cause», a déclaré M. Jouyet, en citant les faillites retentissantes du fonds spéculatif LTCM (1998), du courtier en énergie Enron (2001) et de la banque Lehman Brothers (2008).L'escroquerie pyramidale dont est accusé M. Madoff consistait à payer les intérêts de ses clients existants grâce au capital apporté par de nouveaux. La fraude a été découverte lorsque des clients ont voulu récupérer leur argent en raison de la crise financière.Après ses aveux la semaine dernière, pas un jour ne se passe sans que de nouveaux établissements financiers ou organisations caritatives ne dévoilent leurs pertes potentielles.Au Japon, la banque Aozora a fait état d'une possible perte de 101 millions d'euros.En Europe, la banque espagnole Santander, jusqu'à présent la plus affectée, a admis un risque potentiel de 2,33 milliards d'euros. La banque privée autrichienne Medici se dit exposée à hauteur de 2,1 milliards de dollars d'investissements dans deux fonds internationaux frappés par la fraude.La néerlandaise Fortis pourrait perdre 1 milliard d'euros et HSBC, troisième banque mondiale, 1 milliard de dollars. Royal Bank of Scotland (RBS) est exposée à hauteur de 600 millions de dollars et le fonds d'investissement Man Group de 360 millions de dollars.Sont également touchées les français Natixis, BNP-Paribas ou les fondations du prix Nobel Elie Wiesel ou du cinéaste Steven Spielberg.Les autorités américaines ont précisé qu'elles mettaient la société Madoff en liquidation. (afp)

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