Actualisé 04.03.2010 à 13:49

Après France - EspagneLa Seleccion intouchable

Lutter contre la présomption ambiante: voici le nouveau défi de l'équipe d'Espagne à trois mois de son premier match de la Coupe du monde contre la Suisse (16 juin).

Championne d'Europe, en tête du classement FIFA, considérée par beaucoup comme la meilleure équipe du monde, la Seleccion dispose pourtant de tous les ingrédients pour se parer d'orgueil.

Les médias ibères succombent sans retenue à cette tentation de l'arrogance, contre laquelle se battent joueurs et sélectionneur.

Stade de France, à la sortie des vestiaires, après la rencontre remportée sans discussion face à la France (2-0). Les journalistes espagnols attendent leurs joueurs. Iniesta arrive. «Tu es le meilleur joueur du monde ! Devant Messi et Ronaldo», lui lance un reporter radio en guise de première... question. Préambule à une pluie de compliments qui arrose chaque membre de la Roja qui se présente.

Que le Brésil

«Qui c'est celui-là ?», s'interroge un autre journaliste d'un grand quotidien, en voyant pointer les dreadlocks peroxydées, pourtant facilement reconnaissables, de Bacary Sagna. «Et Cissé, il joue où ? En France, c'est ça ?» L'horizon des médias espagnols s'arrête souvent aux Pyrénées.

Question affirmative à Andres Iniesta: «Il n'y a que le Brésil qui peut vous faire de l'ombre à la Coupe du monde.» Réponse de l'intéressé: «Un Mondial est un Mondial. Nous devons y aller à 100%. Dans les grandes compétitions, les grands pays sont toujours présents au sommet. J'espère que l'Espagne sera à la hauteur.»

Ode à la modestie

Un discours qui replace le débat dans son contexte. Non, l'Espagne n'a pas encore gagné la Coupe du monde 2010. Comme le rappelle le capitaine Iker Casillas qui, avec ses désormais 102 sélections, a égalé le total de Raul et s'apprête à fondre, à 28 ans, sur le record d'un autre gardien, Andoni Zubizarreta (126). «Il y a d'autres équipes. Nous devons être humbles. La défaite contre les Etats-Unis à la Coupe des Confédérations nous a en ce sens fait du bien (ndlr: 2-0 en demi-finale, le seul revers depuis 2007, pour 41 succès et 3 nuls).»

Calmer le jeu et étouffer la fatuité comme mission première, tel est le premier sacerdoce d'Espagnols qui suscitent l'engouement dans leur péninsule et la crainte hors de leurs frontières. Sergio Ramos: «Ça met toujours en confiance de battre un champion du monde. Mais à chaque match, nous devons faire notre autocritique.» Exercice auquel Vicente Del Bosque ne se soustrait pas.

«Nous devons être plus agressifs devant. Contre la France, nous avons manqué de profondeur, ce qui n'a pas été trop grave, puisque nous avons su garder le contrôle du ballon et rester bien positionnés. Mais nous sommes exigeants et voulons toujours améliorer notre jeu !»

L'humour de Domenech

Et le sélectionneur ibère de commencer à trouver une formule qui le satisfait, avec un seul homme en pointe. «Je ne parle pas de système A ou B, c'est du football, du mouvement. Avec la liberté dont jouissent, par exemple, Iniesta et Silva, nous évoluons souvent à trois attaquants, ce qui donne de la densité à notre jeu.»

Un jeu toujours aussi fluide, même si la Seleccion n'a de loin pas livré sa meilleure prestation au Stade de France mercredi. Mais, en dépit d'un déchet inhabituel, l'Espagne a une fois de plus donné une «impression de facilité», pour reprendre les termes de Del Bosque. Comme le confirme le Sévillan Jesus Navas, 24 ans, international depuis novembre dernier seulement. «Dès les premières minutes, j'ai eu le sentiment de toujours avoir appartenu à cette équipe, grâce à son jeu pur et à l'ambiance qui y règne.»

Ce constat est partagé par les observateurs, à commencer par Raymond Domenech. «Nous sommes tranquilles. Si on affronte l'Espagne (à la Coupe du monde), c'est en finale !» A croire que le sélectionneur des Bleus veut ruiner les efforts d'humilité de Del Bosque et Cie... (ats)

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