Actualisé 14.03.2009 à 21:22

MadagascarLa situation est incertaine

L'opposition malgache a pris le contrôle du siège du gouvernement à Antananarivo samedi.

Mais l'opposant Andry Rajoelina a affirmé dans la soirée qu'il «commande» désormais l'armée dans tout le pays. La Commission européenne s'est déclarée très préoccupée» par la crise politique qui secoue la Grande Ile.

«L'armée ne prend plus d'ordre du président de la République (Marc Ravalomanana), c'est moi qui commande l'armée aujourd'hui; ils (les militaires) reçoivent les ordres d'Andry Rajoelina, et pas seulement à Antananarivo mais dans tout Madagascar», a déclaré le chef de l'opposition. Et de préciser: «nous ne voulons pas la violence».

«M. Ravalomanana a toujours sous-estimé la force d'un peuple uni», a ajouté l'opposant qui a demandé samedi au président Ravalomanana de quitter le pouvoir, ce que ce dernier a refusé.

«Nous avons demandé gentiment sa démission; nous avons attendu pour une passation pacifique (...); à partir du moment où le président bafoue la Constitution et que la population n'est plus avec lui, (c'est) qu'il ne dirige plus le pays», a estimé M. Rajoelina, destitué par les autorités de son poste de maire d'Antananarivo début février.

«On maîtrise»

«Donc nous allons régulariser, nous allons prendre la direction et la gestion du pays et de l'administration en général», a-t-il prévenu, ajoutant: «Nous allons mettre en place nos ministres (...) pour diriger le pays».

«On maîtrise complètement l'administration à Madagascar et nous avons entre nos mains la machine pour faire fonctionner le pays, préparer des élections libres et équitables, rehausser le niveau de vie de la population», a-t-il dit.

«L'essentiel, c'est d'avoir pris le palais du premier ministre (de M. Ravalomanana), c'est déjà très important; l'armée nous soutient à 90%», a-t-il ajouté. L'opposant a affirmé que «M. Ravalomanana sera amené devant un tribunal dans les jours qui suivent par rapport aux actes qu'il a commis, tant sur la gestion du pays qu'au niveau de la tuerie du 7 février».

Au moins 28 personnes sont mortes le 7 février lorsque la garde présidentielle a tiré sans sommation sur une foule de partisans de l'opposition à Antananarivo.

Le président rétorque

Plus tôt dans la journée, la présidence a pour sa part affirmé dans un communiqué que le pouvoir était toujours entre ses mains. «Ils ont pris la Primature (bureaux du premier ministre), mais ils n'ont pas le pouvoir que donne le peuple par des élections démocratiques», affirme le communiqué.

«Ce mouvement est, et reste une manifestation de rue, qui utilise la terreur et la répression pour survivre. Une auto- proclamation ne donne pas de pouvoir légal», poursuit le communiqué, qui précise que M. Ravalomanana est «au palais d'Etat d'Iavoloha actuellement».

Gouvernement parallèle

Escorté d'une trentaine de militaires, un comité de l'opposition s'est emparé dans la matinée de la primature désertée. Un gouvernement de transition, dirigé par Roindefo Zafitsimivalo Monja, a été désigné.

Peu après, Andry Rajoelina, 34 ans, a demandé au président de quitter le pouvoir, lors d'un meeting de ses partisans dans la capitale où il est apparu sur la tribune entouré de militaires. Il s'agissait de sa première apparition publique depuis le 3 mars.

Cette semaine, l'armée, la gendarmerie et la police ont basculé dans la défiance au président, affirmant vouloir préserver l'unité et l'indépendance des forces armées de Madagascar.

Coup d'Etat?

Alors que la question d'un coup d'Etat rampant a pu se poser, le nouveau chef d'état-major de l'armée, le colonel André Andriarijaona, a déclaré samedi qu'il n'y avait pas lieu de déployer l'armée vers le palais présidentiel.

«Je suis sûr que la garde présidentielle ne va pas tirer sur les gens sinon la réplique sera catastrophique», a-t-il poursuivi, ajoutant: «Si ça peut ramener le calme, on soutient» l'opposition. La garde présidentielle est évaluée à environ 500 hommes, loin des quelque 28 000 hommes de l'armée, de la gendarmerie et de la police réunis. (ats)

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